Ethique du Statut de lEmbryon et Aide Médicale pour la Procréation
Article paru dans le journal lOpinion
samedi 3 juillet 1999
A loccasion de la soutenance d'une thèse de doctorat sur a l'avortement, dirigée à la Faculté de médecine de Rabat par mon ami et collègue, le professeur Taib Chkili, j'ai essayé d'expliciter cette notion islamique que la tradition prophétique, en l'occurrence, vient corroborer.
cheap hotel in Manchester Certains jurisconsultes musulmans, méconnaissant ce hadith hésitent sur la détermination du délai maximum où doit débuter la conception, optant pour le ler stade où la noutfa se transforme en grumeau de sang palpitant, c'est à dire la première quarantaine. C'est l'échéance retenue, par un comité ad hoc, constitué, au cours du IIIème Congrès Médical Mondial, qui a tenu ses assises, dans la cité saoudienne de Dhemmâm, et auquel nous avons participé, le professeur Chkili et moi même, en tant que responsable dans la Ligue Arabe, de la coordination de la terminologie scientifique, du monde arabe. Certains pays musulmans, comme l'Iraq, ont déjà opté pour ce délai, dans leur législation respective, à l'encontre de tout avortement, opéré, durant les premiers quarante jours de la fécondation. Mais, nous appuyant sur la tradition formelle, nous continuons à prendre pour point de départ, le début de la gestation, dite nidation, c'est à dire, l'implantation de l'oeuf fécondé sur la muqueuse utérine.
"La fécondation accomplie dans la trompe, l'oeuf se dirige lentement vers l'utérus où il va être accueilli, protégé, nourri; ce voyage dure 3 à 4 jours; la nidation n'aura lieu qu'au 7ème jour, après la fécondation... la muqueuse utérine est alors prête à le recevoir...
Ce cycle de formation du spermatozoïde demande 70 à 75 jours, auquel, il faut ajouter 10 à 15 jours de trajet dans l'épididyme et le canal déférant avant de retrouver le spermatozoïde libre dans le sperme, au moment de l'éjaculation" (Laurence Pernoud, in "J'attend un enfant", ad Horay, 1994, p 108).
Les révélations coraniques, sur le plan ontogénétique, depuis quatorze siècles, semblent s'aligner sur les découvertes scientifiques, notamment, depuis l'emploi des premiers microscopes qui ont permis d'apercevoir, en 1677 certains développements, au sein de l'utérus. Un quart de siècle avant, en 1651, William Harvey constata, après dissection de biches, l'existence de l'embryon d'un oeuf (1 ex ovo omnia).
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c'est avec cela qu'on renverse toutes les écoles de la théologie et tous les temples de la terre" (Entretien avec d'Alembert), (cf 40).
Quant à l'avortement, il devient légitime, en cas de prévention médicale de l'aggravation de l'état pathogène de la femme enceinte, durant la grossesse; la vie de la mère, étant alors en danger, une interruption de grossesse est censée la sauver. L'avortement qui découle de viol, inceste ou toute union illégitime, est délictuel. L'avortement, pour cause d'anomalie embryonnaire, n'a pas été envisagé par l'Islam, qui a seulement déconseillé, préventivement, certaines unions consanguines ou autres. Un des grands jurisconsultes de l'islam, Ibn El Qayyim (du XIIIè siècle ap. J) a souligné la ressemblance de l'enfant à ses parents, car le liquide germinal provient de toutes les parties du corps de ceux-ci; dans un hadith sur la préminence de cette similitude, le Prophète spécifie que l'enfant ressemble à sa mère, quand le liquide germinal de celle-ci, durant la fécondation, devance celui du père. "Osama, fils de Zaid, enfant adoptif du Prophète, avait un teint noir, comme du goudron et son frère était plus blanc que le coton" (hadith).
Un "qaïf", chez les Arabes, était celui oui pouvait détecter la nature du gène, chez le père et le fils, à travers certaines particularités de leur physique; ce fut le cas d'Osama et de Za7id, considérés par un "qa7if", comme fils et père (Sounna, sauf Moetta): hadith rapporté par Aïcha.
La femme peut recourir à l'avortement, pour limiter les naissances, quand les moyens contraceptifs s'avèrent, parfois, inopérationnels, ratant leur but ou au cas où lis ne pourraient être utilisés.
Au cours d'une rencontre islamo- chrétienne, à Tunis, en 1974, sur le planning familial, j'ai fait un exposé, au nom des délégations islamiques, dans lequel j'ai défini les concepts et les préceptes de l'islam, en l'occurrence: la tradition islamique ai-je remarqué - renforce la chasteté prénuptiale de la femme, abhorre l'enfantement illégitime et prohibe l'infanticide ou la foeticide, autant de préceptes qui découragent une fécondation aveugle. L'islam s'oppose à tout curetage (ou avortement) qui n'est toléré qu'en cas de complications gravidiques... mais le déviationnisme moderne, qui tolère de plus en plus, les rapports sexuels illégaux et les pratiques abortives clandestines, ne fait que désaxer le rouage social de la communauté islamique modernisée.
Quant à la limitation des naissances, nous croyons devoir nous aligner, d'après les normes de l'islam sur l'éthique d'une "liberté consciente", idée que j'ai également développée à Tunis. Le vrai croyant, dans une cité islamique idéale, est animé par un double impératif éthique, à savoir l'esprit libéral et le sens de la responsabilité, le musulman est libre; sa liberté, pleine et entière, n'est limitée que par le respect de celle des autres. Il assume, au sein de sa famille, de sa communauté, et aussi, vis à vis de l'humanité, des responsabilités qui conditionnent ses options. Le croyant demeure, entre autres, libre d'être pronataliste; mais, dans le cadre de ses moyens et de ses possibilités, conçus exclusivement, à la lumière de sa responsabilité. Seulement, Il n'est pas à la portée de tout le monde, d'évaluer, judicieusement, et à bon escient, les dimensions de cette responsabilité. Nous avons dans le traditionalisme souple et adéquat de l'islam, les données mouvantes qui en limitent les conditions et qui nous permettent d'aplanir, cette difficulté (2).
Il est vrai qu'à l'échelle individuelle et pour les raisons plausibles, l'islam ne s'oppose guère à une rupture du rapport sexuel. Le cas traditionnel du (Azl) approuvé par le Coran et la Souna consiste dans un procédé préservatif où le coït est interrompu, avant l'éjaculation du sperme. A l'époque, il n'y avait pas d'autres moyens contraceptiques, mais dans ce stade antérieur à toute éjaculation, le principe permissif n'est guère contesté.
Le Messager d'Allah était pour la méthode prônée par les promoteurs du planning familial à savoir l'espacement des naissances. Elle est préconisée, aujourd'hui, comme moyen indirect de limitation des naissances.
Or, le Prophète a dit: "Je me suis proposé de proclamer l'interdiction de tout acte de procréation non espacée, c'est à dire le "ghila" ou la naissance du deux êtres a lieu consécutivement la même année); îe me suis alors ravisé, en constatant, que ce procédé est en vigueur chez les Romains et les Persans" (Sounan sauf Bokhari).
La science, à l'époque, chez les deux grandes puissances (Byzance et Perse) n'allait pas à l'encontre de cette habitude très répandue, dans la plupart des familles, même en Arabie. Quand à la durée de la grossesse, elle atteint dans un processus normal, neuf mois solaires ou dix lunaires, selon les calculs des obstétriciens. Le délai minimum de grossesse, durant lequel lembryon est conçu vivant est de six mois (sourate 46, verset 15).
"Son sevrage est è léchéance de deux ans (sourate Lokman verset 4). Il reste donc, six mois du calendrier, selon le principe des concordances coraniques; en effet dans la sourate (46), seul le calcul solaire est adopté. Parlant des hommes de la Caverne, le Coran dit: "Ils restèrent dans la Caverne trois centaines d' années et en ajoutèrent neuf (S. 18, verset 25). Or le délai. ainsi ajouté, représente la différence entre la période solaire et celle lunaire, la dernière est considérée comme la règle, la deuxième l'exception C'est pourquoi, la majorité des jurisconsultes, dans les quatre rites juridiques, sont pour la durée minima de six mois.
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