LIslam et la Femme

Pour juger de l'attitude du Prophète Mohammed vis-à-visde la femme musulmane, force nous est de situer le problème dansle cadre bien limité ou évoluait le " féminisme "aux Vle et Vlle siècles après J.C. La position de l'Islamà l'égard de la femme s'avère d'autant plus méritoirequ'il n'a pas hésité à faire éclater les régimesrigides et iniques qui assimilaient, volontiers, le sexe faible àdu vil bétail. Dans lempire romain, la femme n'était qu'une" res ". L'ancien et le nouveau Testament ne furent pas tendres pour elle." Il serait vain- affirme Georges Rivoire-, de chercher un encouragementquelconque au culte de la femme dans les écrits monastiques du HautMoyen Age. La femme y est, en général, flétrie commeun esprit du mal, un être de perdition. Elle est souvent comparéeau diable. On se demande même si elle a une âme. Le concilede Mâcon met cette question en délibération ".

Le Coran a reconnu à la femme des capacités et des droitsinconditionnels, dans toute gestion d'ordre civil, économique oupersonnel. La femme jouit ainsi de la capacité et du droit d'hériter,de donner, de léguer, de contracter une dette, d'acquérir,de posséder en propre, de passer un contrat, d'attaquer en justiceet d'administrer ses biens. Elle a aussi le droit de choisir librementle compagnon de sa vie ou d'acquiescer à un tel choix, de convoleren secondes noces, après être devenue veuve, ce dernier droitn'a été reconnu à la femme occidentale que bien tardivement.(se référer aux versets 229 au 241 de la Sourate de la Vacheet des versets 4 à 35 et 128 de la Sourate des Femmes).

" C'est aux Arabes- dit Gustave le Bon (dans la Civilisation des Arabe,p. 428-436) que les habitants de l'Europe empruntèrent avec leslois de la chevalerie, le respect galant des femmes quimposaient ces lois,lislamisme a relevé la condition de la femme et nous pouvons ajouterque c'est ici la première religion qui l'ait relevée... ;toutes les législations antiques ont montré la mêmedureté pour les femmes.... ; la situation légale de la femmemariée, telle qu'elle est réglée par le Coran et sescommentateurs, est bien plus avantageuse que celle de la femme européenne".

L'Islam reconnaît à la femme le droit exclusif, dans certainssecteurs afférant à la vie conjugale, ménagèreet familiale, notamment la maternité. Toute contribution de la femme,dans le régime communautaire, demeure légitime, àcondition, toutefois, que cette contribution n'entraîne aucune perturbationdans le foyer. Si la capacité de la femme se trouve quelque peulimitée dans certaines activités, telle la magistrature,c'est que la femme est en général, plus dominée parle sentiment que l'homme, elle est moins disposée à s'adapteraux rigueurs que nécessitent parfois les circonstances. Le Coranrange, certes, la femme à un degré moindre que celui de l'homme;mais cela ne se justifie que par les lourdes charges familiales qui incombentà l'époux; il ne s'agit nullement d'inférioritéinhérente à la nature même de la femme. La double partreconnue à l'homme, dans l'héritage, s'explique aussi parses obligations exceptionnelles auxquelles l'homme est astreint, alorsque l'exemption de la femme est totale, quel que soit son degréd'opulence. Le mariage impose au mari l'entretien de son épouse;cet entretien comporte - d'après le rite malékite, son habillement,son habitation, son alimentation, la fourniture du nécessaire detoilette et d'une domestique pour l'aider dans le ménage.

Cependant, le Coran reconnaît, en général, àla femme autant de droits que dobligations. La majorité des Ulémaset exégètes du Livre s'accordent à dire que tous lesversets coraniques relatifs aux devoirs et aux droits de l'homme, concernentégalement la femme, sauf contre-indication formelle. C'est làun principe capital qui établit fermement l'égalitédes deux sexes. Les juristes citent souvent, pour corroborer cette interprétationcoranique, le Hadith qui affirme que " la femme est la soeur germaine del'homme", c'est-à-dire son égale devant la loi. D'autre part,le Prophète a tenu à mettre en relief la personnalitéde la femme et ses droits civiques. en acceptant solennellement son acted'allégeance, quant au Hadith suivant (rapporté par B.N.T.):"Aucune réussite pour une nation qui élève une femmeau rang de chef détat", il n'a trait qu'à un cas spécial,commenté par le Prophète, à savoir la succession àl'empereur Khosro de sa fille, ce qui constitue surtout une limitationdu droit héréditaire de la fille, dans le régime monarchique.

Le lien du mariage est sacré. " Quiconque se marie. s'assurela moitié de la foi; il doit réaliser l'autre moitiépar la piété (Tabarani). Sa rupture par le divorce est considérécomme l'acte licite le plus réprouvé de Dieu. La monogamieest le seul système qui doit- d après les normes de l'Islam-s'adapter à certaines exigences. " Si vous craignez d'êtreinjustes- dit le Coran- n'épousez qu'une seule femme" (Sourate desFemmes, verset 3); or, on lit ailleurs (verset128): " Vous ne pourrez jamais traiter également toutes vos femmes,quand même vous le désireriez ardemment".

Quant à la polygamie du Prophète, elle sexplique surtoutpar des mobiles d'ordre politique, qui ont incité l'Envoyéde Dieu à ne jamais refuser des offres tribales, dans ce domaine.Autrement, comment justifier le lien monogame du Prophète avec sapremière femme Khadija, qui avait alors atteint l'âge de maturitéalors que le Prophète était encore dans la fleur de sa jeunesse.L'homme doit à la femme respect et sollicitude. " La femme est comparableà du verre dont il faut prendre un grand soin": " Qu'aucun d'entrevous ne fouette sa femme- dit le Prophète- comme il fouette uneesclave, puis s'accouple, avec elle, en fin de journée", un jour,le Prophète émit cet ordre formel: " Ne frappez pas les femmes"." Celui qui a le meilleur comportement envers son épouse- préciseencore le Prophète est le meilleur des hommes). L'Envoyéde Dieu donnait le bon exemple, quand il entourait ses épouses d'égardset de bienveillance. Il engagea, un jour, une épreuve de courseavec Aïcha. L'Islam interdit aussi au croyant de demander en mariageune femme ayant déjà un autre prétendant. Il interditégalement les pratiques malthusiennes, c'est-à-dire la restrictionvolontaire de la procréation. La femme a droit à la maternitéet le mari ne saurait l'en prive, qu'avec son consentement. Les recettesde coquetterie sont toutes permises sauf celles condamnées formellement:tels les faux cheveux, le limage des dents, l'épilation du visageet le tatouage. Dieu maudit les efféminés parmi les hommes,aussi bien que les femmes " masculinisées" qui singent l'homme.La plénitude de la personnalité de la femme est reconnue,en cas de guerre: " Quand la terre d'Islam est envahie ---- dit Ibn Jozel(dans ses Kawanine, p. 144) l'obligation de combattre incombe àla femme.

Le concile oecuménique de Mâcon dont la réunioncoïncidait avec l'avènement de l'islam, conteste donc àla femme jusqu'à l'"animus humain", la dévalant ainsi aurang d'être inférieur qui ne peut même pas prétendreà une vie ultérieure dans lau-delà.

Sous l'égide de la foi nouvelle, l'élément fémininput reconquérir, dès le début, ses droits systématiquementméconnus à la fois par le monde romain et par le monde bédouin.La femme fut élevée au rang de maîtresse de foyer,jouissant pleinement des droits personnels et successoraux, dont elle demeuralongtemps privée. De simple "res" qu'elle était, bassementassimilée aux objets mobiliers, elle devint juridiquement "l'égalede l'homme", selon la propre expression du Prophète, sous la seuleréserve des restrictions dues à la nature intrinsèquede son sexe.

Il est vrai que, par respect pour les situations acquises, l'islam avaitménagé certaines coutumes païennes telle la polygamie(1) qu'il dut légaliser. Mais, il établit pour le polygamedes conditions tellement rigoureuses que le champ de cette pratique setrouva relativement- rétréci, compte tenu des abus de l'Antiquitéarabe. D'ailleurs, léglise elle-même ainsi que les autoritéstemporelles des pays chrétiens devaient consacrer la polygamie,jusqu'au XVIlè siècle, si on ajoutait foi au témoignagedu fameux publiciste allemand, Westermarck, grand spécialiste danslhistoire des régimes matrimoniaux dans le monde.

La femme arabe sut profiter de l'esprit libéral du législateurmusulman (2). Dès les premières décades de l'èreligérienne, elle put s'imposer par sa large et efficace participationà côté de l'homme, dans la vie culturelle et socialede la communauté musulmane. Aïcha, fille du ler Khalife etépouse du Prophète, dut être élevée selonles nouveaux principes et réaliser l'idéal de la femme, àmoins de 20 ans, sa profonde érudition fit d'elle une des plus brillantesfigures de l'époque: les grands compagnons du Prophète venaientla consulter sur les questions juridiques, historiques, littéraireset même médicales. Désormais, le champ d'action culturelde la femme s'élargit de plus en plus. Déjà, Oum Derda,donnait dans la Mosquée de Jérusalem des cours publics, auxquelsassistait l'Emir Omeiade Soleiman Chafii, chef d'un des quatre rites del'Islam, était le disciple assidu de la célèbre Noufissa,maîtresse, de conférences au Caire. Ibn Hajar, un des célèbresimams de l'Islam, sera formé avec cinquante de ses condisciplesà l'école d'Aïcha El Hambalia ainsi qu'à cellede Zeineb, auteur des traités en droit et en Hadith.

Dans ses oeuvres biographiques, Ibn Hajar cite plus de quinze centsfemmes parmi lesquelles figurent des juristes et des "savantes", Assakhaouiconsacre tout un volume (3) aux intellectuelles du IXè sièclede l'hégire dont plusieurs originaires de Fez. Assouyout réserveson Nozhah à la biographique de trente sept poétesses. IbnAssakir fut le disciple de 81 femnes "âlem" (4) ainsi qu'Ibn AthirEl Ed-Dhahabi, lequel préfère la femme traditionniste quiserait - d'après lui - plus scrupuleuse que son collèguedu sexe masculin (5).

Mais la doctrine de Mohamed ne tarda pas à sombrer dans une gravestagnation, sous l'effet des interprétations fallacieuses de quelquesesprits dogmatiques, ridiculement formalistes. L'Islam s'enlisait peu àpeu dans une ankylose dangereuse. Des esprits éclairés n'avaientpas hésité, alors à réagir rigoureusement dèsle XVème siècle; un mouvement féministe s'esquissaitdans le monde musulman, réagissant contre le parti puritaniste,rétrograde dont l'action tendait à une claustration de plusen plus rigoureuse de la femme arabe. Des appels à la réforme,émanant de tous les coins de lempire, prêchaient le retourau libéralisme social instauré par l'islam dont les vraisprincipes commençaient alors à s'estomper. Cet énergiqueélan féministe porta ses fruits.

A toute époque, la femme musulmane a donné la preuve deson efficience intellectuelle. Certaines des plus grandes figures de l'islamcomme Ibn Khallikan, El Bagdadi, Ezzamakhchari, Ibn Hajar et autres, doiventune bonne partie de leur notoriété scientifique àleurs contemporains. La mort d'Oum El Khair, grande spécialistedes traditions, marqua- d'après Ibn El Imad - le déclin decette science pour longtemps. Les conférences d'Ouneida réunissaientcinq cents auditeurs des deux sexes (6) - Roukeya petite Fille d'Ibn Mazraàpassait pour être- d'après Essafadi la plus célèbretraditionniste de soli temps, en Egypte, en Syrie et à Médine.

D'autres se sont spécialisées dans les diverses branchesdes sciences religieuses et littéraires; telles: Aïcha de Damas(grammairienne et rhétoricienne), Aïcha de Jérusalem(traditioniste et pédagogue), Aroudiah Bali qui connaissait parcoeur le Kâmil du Mouberrid et les Nawadir d'El Kàli; Fatima,fille de Jamai Edi-Dine Eddimachqi qui obtint des licences d'enseignementde la plupart des docteurs du VII siècle hégirien en Syrie,au Hijaz et en Perse; Fatima de Samarkand, auteur de nombreux traités,en jurisprudence et sciences coraniques, lesquels obtinrent un vif succès:Fatima Qamirizàn qui assura, au Xème siècle la directionde deux grands instituts; Bent Essaïgh, professeur de médecineà l'institut Mansouriah d'Egypte Chehda Deinouria, une des sommitésdu XXème siècle qui publia de nombreux ouvrages en théologieet en Droit.

Dans les autres domaines de l'esprit et de lart, les exemples abondent.Nous ne citerons (qu'Asmaâ qui composa un poème en l'honneurde l'Almohade Abdel Moumen; Taqia, auteur d'épopées et d'oeuvresinspirées de Bacchus; la célèbre poétesse deSilves qui soutint de délicates controverses avec ses contemporainset qui, dans une qacida, se plaignit à l'Almohade Al Mansour, desautorités administratives de Silves; Aïcha El Bahounia àlaquelle on doit de précieux ouvrages littéraires et juridiquesainsi qu'un recueil de jurisconsulte éminente, elle donnait aussides consultations en matière philologique et administratives etfaisait d'utiles et énergiques interventions, auprès desprinces de son époque. En musique et en lyrisme, les femmes artistesne se comptent pas. Des centaines de chanteuses avaient suscité,dans toutes les capitales d'Orient et dAndalousie, l'admiration de toutle monde. Des femmes juges dans les marchés sont déjàconnues au temps d'Omar, 2ème Khalife. Une majordome abbasside rendaitdes jugements, un jour par semaine (7).

La femme était admise aussi dans l'armée, non seulementen tant qu'infirmière mais comme véritable combattante. LhistorienIbn Athir cité Safia comme un exemple d'héroisme, EdouardGibn rapporte l'anecdote saisissante de ces femmes de Damas qui, surprisespar l'ennemi, alors que leurs maris combattaient loin de la ville, se défendirentvaillamment: elles combattaient à merveille le dispositif de guerreet abattirent une trentaine de soldats ennemis, en usant de sabres lanceset flèches. Dans un épisode de la célèbre bataillede Yermouk, une armée féminine improvisée àla dernière heure, fit subir à un bataillon romane, une défaitehumiliante. Asmâ, Fille de Yazid tua, à elle seule 9 soldats.On cite, d'autre part le cas de plusieurs femmes qui ont combattu côteà côte avec leurs maris (la nièce et la soeur du PrinceOssama, lors des Croisades en Palestine). L'exemple de Ghazala (lui iraiten déroute l'armée oméiade d'El Hajaj est passéen proverbe.

Le rôle de la femme musulmane dans la vie politique n'étaitpas moindre. Déjà, en l'année 349 de l'HégireSati monta sur le trône: ce fut la première fois qu'une impératricerégnait à Bagdad. Plus tard, Chajarat Eddor se fera couronnerau Caire. Dans l'Inde musulmane du XlIlè siècle, Radia devintreine de Delhi. Elle montait à cheval, complètement dévoilée(8) (Ibn Bàttouta T. II - p.22). Tourkàn Kliatoun monta surle trône de Khourasàn, au XIVè siècle (AbouFida T. 111 - p.148). La célèbre Tanzou avait refuséen même temps, sur la Perse et l'Irak. La Reine Delchad aurait joui,au même siècle d'une grande autorité dans les provincesirakiennes. De même la reine Joubane dirigeait personnellement l'administrationde son pays. On a signalé à l'époque mérinide,une femme qui aurait régné à Tlemcen.

Des salons littéraires furent organisés, dès ledébut en Arabie et ailleurs, sous les auspices de dames élégantestelle Soukeina d'Ali le gendre du Prophète. Ces salons qui groupaientautour de certaines femmes lettrées, les plus grands poètesde lépoque constituaient de véritables centres de rayonnementculturel qui propageaient en même temps que le sens du raffinementsocial, le goût littéraire et le talent artistique. Chaquecapitale avait son salon: à Bagdad, celui d'El Fadl au IXèsiècle à Grenade, celui de Nezhoun et de Wallada au IXe siècle.Ibn Jobeir, historien andalous du XIIe siècle, signale la participationde la femme aux controverses des hommes de lettres.

Al Maqqari a réservé dans son Nafh At Tib à lapoésie féminine un long passage cité par Dugat dansla "revue d'orient". Les vingt cinq poétesses qu'il mentionne tenaient,selon lui, "une place éminente dans l'art de bien dire", Grenadesemble avoir été la cité littéraire féminine,par excellence. L'épanouissement du mérite Féminin,dans les Arts et les Lettres était du aux larges libertéssociales dont jouissaient les grenadines, d'après Prescott (Ferdinandet Isabelle P. 192). Ces femmes lettrées relativement nombreuses,excellaient dans la langue arabe. Certaines d'entre elles furent renomméespar leur talent calligraphique, comme Lubna, et Fatima (lui furent secrétairesd'AI Hakani II AI Marrakchi cite pour un seul quartier de Cordoue 170 femmescalligraphes. Faute dimprimerie, l'art calligraphique jouait, alors, ungrand rôle dans le monde des Lettres.

Quant à la femme maghrébine, elle a de son côtéjoué un rôle des plus importants dans la vie sociale (9),littéraire, économique, militaire et politique du Maroc,à l'instar de sa soeur orientale et andalouse. Dans chaque domaine,on peut citer des exemples qui sont certes, peu nombreux mais non de moindreefficience. L'Université Karaouyine a été édifiéepar Fatima Fihria dite Oum El Banine, en l'an 245 de l'hégire 9èsiècle), alors que sa soeur Mariem fit construire la mosquée" Andalous " qui fit concurrence à la Karaouyine jusqu'au 4èsiècle et devint par la suite une de ses annexes.

La princesse Hosna, fut la conseillère politique de son épouxMoulay Idriss roi du Maroc (10)- On cite les noms d'autres conseillèresdes princes idrissides. De même Zaineb épouse du premier AlmoravideYoussef Ben Tachfine, célèbre par sa beauté et laprofondeur de ses vues politiques et administratives, ainsi que Tamimafille de Tachfine et Kamar épouse du prince Ali Ben Youssef quiont été à la base du libéralisme fémininqui sera une des justifications de la campagne puritaniste menéepar le premier almoravide contre le régime almoravide. Un des aspectsde cette émancipation précoce de la femme citadine la condamnationdu voile, réminiscence des moeurs sahariennes de la dynastie régnante.A la même époque, Hawwa El Massoufia donnait des conférenceslittéraires et sa soeur Zaineb récitait par coeur des recueilsde poésie. D'autres femmes singéniaient à mettretimidement en branle un féminisine inspiré par l'apport générateurde la femme andalouse. Vanouh, fille de Bountiàn est une des figuresles plus brillantes de l'époque almoravide. Encore vierge, elledéfendit seule par le sabre le palais royal de Marrakech, pendantune demi-journée et tomba finalement sous les coups des Almohadesqui prirent d'assaut la capitale, en l'an 545 de l'hégire (Xlèsiècle).

Sous les Almohades, Oum Hani, fille du Cadi Ibn Atia donnait des cours,rédigea des ouvrages dans les diverses branches des sciences religieuses.C'est la mère d'Abou Jafar, médecin d'Al Mansour- Zaïnebfille de Youssef d'Almohade donna l'exemple, en assistant aux conférencesorganisées par Mohamed Ibn Brahim sur les sources de la Loi. HafsaErrakounia, une des célèbres poétesses à l'époque,fut la préceptrice du harem d'Al Mansour; Oum Amr, fille d'Avenzoaren était le médecin ainsi que sa fille Bint Abi Al Ala. Ily eut d'autres figures moins brillantes telles Warquâ, la poétessede Fez, Amat Al Aziz, poétesse de Ceuta, Oum Al Alâ, originairede Fez qui dirigea une école coranique à Grenade, la fameusefractionniste Mariem fille d'Al Ghafiqi présidait des conférencesà Ceuta, et Kairouna la "savante" de Fez.

Sous les Mérinides, trois femmes juristes brillaient: Fatimaet sa soeur, Filles de Mohamed El Abdousi ainsi qu'Oum El Banine, grand-mèrede Zarrouk. Sarra El Halabia de Fez est une poétesse d'une grandeculture littéraire; elle dédia plusieurs poèmes auxplus grands poètes et savants du Maroc, à l'époquecomme Ibn Rocheïd et Malek Ben Mohamed de Ceuta. On cite d'autresfemmes savantes telles Safia Al Azafi; la poétesse Sobh, concubinedu philosophe et médecin Al Jeznai Sett Al Arab, fille d'Al Hadramide Ceuta, Amat Abrahim et Oum El Kacem dite Cheitkha (professeur).

Sous les Wattassides, Lalla Aïcha dite Al Horra reçut dès(11) l'enfance une éducation très soignée et dut parlercouramment le castillan; elle épousa l'allié de son pèrecontre les Portugais, Ali AI Mandri, le restaurateur de Tétouanoù elle trouva le milieu andalous lettré et raffinéauquel elle était habituée. Elle s'initia aux intrigues dela politique, gouverna la ville en y exerçant une autoritésouveraine; la lutte contre l'envahisseur fut son principal souci; àcet effet, elle avait de nombreux vaisseaux toujours occupés àpirater sur les côtes espagnoles. Ses démêlésavec Don Alfonso, gouverneur de Ceuta sont restés célèbres(Hespéris XLIII, P. 222). Même activité débordantede la femme saâdienne, tant dans le domaine intellectuel que dansles domaines social et politique. Messouda, mère d'El Mansour patronnades oeuvres d'assistance et immobilisera des fondations habous àcet effet. La princesse Sahaba, mère d'Abdelmalek joua àConstantinople un rôle décisif, jusque dans le Drâa,la famille Nasiri donnait le bel exemple de la femme éduquéeet intègre.

Sous les Alaouites, le mouvement féministe fut inaugurépar Khnatha épouse de Moulay Smail devenue "savante" d'aprèsl'auteur du Jaïch (p.105); conseillère très écoutéede son époux et plus tard de son fils le prince Moulay Abdellah,elle promulguait elle-même des dahirs et des règlements administratifs.Parmi les femmes, figurent alors Aïcha mère de Zabadi AbdelMajid, la jurisconsulte Zahra, épouse d'El Youssi, la pédagogueKhadija, fille d'Al Hawwat, la princesse Sokeïna fine de Moulay AbderrahmaneFatima Zouiten, Oum Kacem El Hasnaouia, Rokeïa Bent El Hadj Ibn Aïchaqui fut juriste, linguiste, historienne, théologienne et rhétoricienne.A ses cours assistaient des auditeurs des deux sexes. Elle mourut au débutde ce siècle. De même AI Alia, fille de Taib Ben Kirane, citéepar Moulieras (12) les Mauritaniennes ont donné la preuve de leurcompétence en sciences religieuses, en poésie et en linguistique.Les exemples foisonnent.

Malheureusement, le mouvement réactionnaire social reprenaitle dessus, au fur et à mesure que l'Empire musulman se désintégraitpolitiquement. Il est curieux de constater que cette nouvelle ankylosecoïncidait avec la naissance du colonialisme occidental. Sans allerjusqu'à imputer à l'impérialisme la responsabilitéde cet état de chose, nous sommes, du moins, en mesure d'affirmerque les intrigues sournoises sinon les actes dhostilité déclaréede l'Europe, ont fini par provoquer un chaos politique qui allait bientôtexaspérer la régression sociale dont la femme fut l'une desvictimes avec l'émancipation politique du monde arabe.

  1. "La polygamie- dit Gustave le Bon est tout à fait indépendantede l'islamisme, puisqu'elle existait avant Mohammed chez tous les peuplesde l'Orient, je ne vois pas en quoi la polygamie légale des Orientauxsoit inférieure à la polygamie hypocrite des Européens.alors que je vois très bien au contraire en quoi elle lui est supérieure".(La civilisation des arabes. P. 422)
  2. La situation légale de la femme mariée, - dit G. le Bon -telle qu'elle est réglée par le Coran et ses commentateurs.est bien plus avantageuse que celle de la femme européenne". (G.Le Bon p. 436).
" C'est aux Arabes que les habitants de l'Europe empruntèrentavec les lois de la chevalerie, le respect galant des femmes qui imposaientces lois" Le Bon. p. 428)

" L'islamisme a relevé la con de la femme et nous pouvons ajouterque c'est la première religion qui l'ait relevée...Tous leslégislateurs antiques ont montré la même duretépour les femmes" (ibid., p. 430)


"L'esprit chevaleresque des Arabes leur respect pour la femme sont trèsconnus. Le Wali de Cordoue ayant en 1139 dit Gustave Le lion- assiégéTolède, appartenant alors aux chrétiens, la reine Bérengère,qui y était enfermée lui envoya un héros pour luireprésenter qu'il n'était pas digne d'un chevalier brave,galant et généreux, d'attaquer une femme. Le généralarabe se retira aussitôt demandant pour toute faveur l'honneur desaluer la reine" (La civilisation des arabes.286)

(3) T.XII. d'Ed- Daw Ellahim

(4) Moojam Yacout, t. 5 p. 140

(5) à i- Mizan III.p 395.

(6) Le Journal 1930. p. 50.

(7) Arib dans son annexe à l'histoire de Tabari, p. 7 1 .

(8) Le port du voile fut, un certain temps à la mode en Sicile.Les femmes chrétiennes étaient voilées aux couleursvariées... Elles se pavanent en se rendant à leurs églisesou plutôt à leurs gîtes ; elles portent, en somme toutela parure des femmes des musulmans, y compris les bijoux, les teintures,et les parfums". (Ibn Jobeir Demombynes, p. 391 ).

(9) Parlant de la femme marocaine, Moulièras dit en 1895 " Lamusulmane est encore la reine de son foyer comme au temps des abbassideset des Arabes anté-islamiques". (Le Maroc Inconnu. p.736).

(10) Eddorar Essaniah p. 8.

(11) Les dames maures de Fès trouvaient de bon ton au XVIÈsiècle d'être vêtues à l'espagnole ; celles dela haute société parlaient le portugais. (Desmazières,p. 27).

(12) Citant une femme de Fès, El Aliya, fille de Taib ben Kirane,qui donnait des cours de logique à la mosquée andalouse,Moulieras (fit: "Une femme arabe professeur de logique ! Qu'en pensentnos géographes et nos sociologues qui ont répété,sur les tons les plus lugubres. que le Maroc est plongé dans lesténèbres d'une barbarie sans nom, dans l'océan d'uneignorance incurable ? Une intelligente marocaine plane dans les régionsélevées de la sciences". (Le Maroc Inconnu. t. 2. p. 742).
 
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