Laprière et l'équilibre mental
Article paru dans LE MATIN 5 février 1999

Lesprit de l'homme moderne, victime de stress, ce fléau dusiècle, est fragilisé et vulnérable, exposéaux névroses et autres altérations de la personnalité.La science démontre, comme les paroles de Dieu et les recommandationsdu Prophète l'ont fait bien avant, que la foi et la prièreà l'homme léquilibre et laisance somato- spirituels. C'estce explique ici l'illustre savant Abdelaziz BENABDALLAH.

Lanxiété, l'angoisse, l'inquiétude sont autantde séquelles maladif; une simple incertitude est de nature àprovoquer une appréhension maniaque, une agitation désordonnéeet une confusion. Le stress peut aboutir à une névrose obsessionnelleou la personnalité est altérée par une psychasthénietroublante. Une pensée obsédante risque de dégénéreren un syndrome mental ou psychose maniaco- dépressive. Une statistiqueeffectuée dans deux universités américaines décèleun taux de pathologie névreuse échelonnant entre 80 et 90%,le reste étant réparti entre maux biologiques.

La foi cristallisée par une chaleureuse approche dévotionnelle,fait promouvoir chez le croyant fervent, une impulsion de quiétudesomato- spirituelle, que maints penseurs qualifient de « quiétisme».

Daucuns parmi ces psychologues avaient pu analyser les contours ésotériquesde cette vie quiète marquée par une tranquillité dâme,et une paix intérieure ferme, qui dégagent la consciencede tout ce qui l'obstrue et l'encombre, créant dans ses coins etrecoins une sensation de liberté et daisance. Toute émotivitésubversive est alors limitée, sinon éliminée, avectout son processus érosif et ses perturbations physiologico- métaboliques.C'est un véritable déséquilibre dont ce mal du siècle,le stress, est promoteur.

Telle une glande à sécrétioninterne:

Alexis Carrel (1873-1945), Prix Nobel en Médecine, auteur de« Lhomme, cet inconnu », souligne bien dans un autre ouvrageintitulé «La prière », élaboréeà la suite d'une longue expérimentation confortéepar des tests probants de plusieurs de ses collègues: «Même,dit-il, quand la prière est de faible valeur, et consiste surtouten la récitation machinale de formules, elle exerce un effet surce comportement, elle fortifie à la fois le sens du sacréet le sens du moral. Quand elle est habituelle et vraiment fervente, soninfluence devient très claire»; elle est un peu comparableà celle d'une glande à sécrétion interne, telleque la glande thyroïde, ou la glande surrénale par exemple;elle consiste en une sorte de transformation mentale et organique. Cettetransformation s'opère de façon progressive. On dirait quedans la profondeur de la conscience une flamme s'allume. Lhomme se voittel qu'il est, il découvre son égoïsme, sa cupidité,ses erreurs de jugement, son orgueil. Peu à peu, il se produit unapaisement intérieur, une harmonie des activités nerveuseset morales, une plus grande endurance...

Ce témoignage d'un grand savant moderne tel que l'éminentAlexis Carrel, est d'une grande signification. Quand l'assise de la fois'affirme au sein du for intérieur, une nette sensation de félicitéindicible est ainsi ressentie, baignant le fond de l'âme consciente,qui finit par se dégager de ses fatras quotidiens. Un vrai bonheurenvahit alors tout l'être du prieur. « O vous qui croyez, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, faites le bien; peut-être serez- vousheureux» (Sourate du Pèlerinage, verset 77).

« Une veillée en oraison (prière), affirme le Prophète,élimine du corps tout mal biologique» (Hadith rapportépar Tabarâny)- Cet effet ne manque guère de se concrétiser.Le Dr Azoumi, neurologue de l'Université Américaine, faitremarquer que l'effet d'une prière se manifeste par une protectiondes maladies qui causent des atteintes des racines nerveuses responsablesde douleurs atroces et de contractions musculaires. Une prière bienordonnée, accomplie avec mesure et assiduité, insuffle dansnotre être mental équilibré, la pondérationet la quiétude.

Les bienfaits de la prière collective

Mettre de l'ordre dans les rangs d'une prière collective estun impératif catégorique. « Le désordre estconsidéré comme une infraction» (Hadith rapportépar Mouslim). Le prieur apprend à demeurer constamment détendu,dans toutes les conjonctures. Même s'il oublie de faire sa prière,il peut l'accomplir avec aisance au moment où il se la rappelle;c'est pour lui le moment optimal. Il apprend ainsi à ne rien regretterdes vicissitudes de la vie, et à demeurer toujours calme, mais d'unesaine et sainte vigilance. Il s'habitue en l'occurrence à supportersans heurt toutes les incidences et interférences de l'heure. Donnerà toute chose son dû, c'est l'idéal d'un comportementpaisible.

«Si le dîner est servi au moment même où laprière du soir est proclamée, on commence par le dîner,dit le Prophète. « Ne vous brusquez pas, ajoute-t-il, mangezsans précipitation », (Hadith rapporté dans les Sounan).Le Messager d'Allah nous recommande un moyen approprié pour dégagerun esprit par trop imaginatif de tout ce qui est susceptible de le distraireen le plongeant dans un mirage de chimères: «Ne fermez pasles yeux quand vous faites la prière», ordonne-t-il; car unevision libre et ouverte est d'autant plus centrée qu'elle se fixesur un point précis, sans divaguer. « Tout ce qui peut égarerl'esprit et distraire le croyant qui prie Dieu, doit être écarté»(Hadith rapporté par l'Imam Malik).

Tout bigotisme ou religiosité effrénée doiventêtre dûment rejetés. Une harmonisation des actes somato-spirituels est de rigueur: «Si vous sentez le sommeil durant votreprière, dormez, puis reprenez la prière quand vous vous serezreposés » (Les Sounan). Le Prophète écourtaitparfois sa prière pour permettre à une mère qui yparticipait de rejoindre son bébé qui pleurait.

La dialectique harmonisante de la prière n'est guère lepropre de l'acte dévotionnel individuel, il est le critèreet le symbole pour la communauté de se concerter, dans tout rassemblementcultuel ou autre. « Les participants à une prière communesont égaux; ils sont présidés par « l'ainé»rapporte Boukhari selon un propos du Prophète. « Toute prièreprésidée par un homme contre le gré des participantsest rejetée par Allah Tout Puissant » (Dawoud). Tout gestecultuel ou autre doit être marqué, pour être efficient,d'altruisme et d'amour. «Allah, précise le Prophète,aime la douceur et la tendresse en toute chose ». Boukhari qui citece Hadith ajoute, en se référant à une tradition prophétique:« Allez alors doucement pour rejoindre les prieurs, dans un cultecollectif en dignité, sans vous presser».

Lélégance, reflet déquilibre

Dans son comportement tout un chacun doit rechercher la qualitéet faire fi de toute quantité spectaculaire ou creuse. Le Prophèteprenait bien soin de son état vestimentaire autant que de son étatsocial, dans son ensemble; l'esthétique extérieure n'estque l'aspect apparent d'un intérieur optimal. «Le croyant,recommande-t-il, doit, avant de rejoindre la grande mosquée, liende ralliement hebdomadaire du vendredi, prendre son bain, se parfumer,porter ses meilleurs habits, se nettoyer la denture et les gencives parle siwâk. Un jour, Moulatna Aïcha, épouse du Prophète,le voyant rajuster sa tenue devant un miroir, en fut sidérée.«J'aime, fit remarquer le Messager d'Allah, contacter mes compagnonsavec une belle allure». Le Prophète, quoique non loin de LaMecque, dans sa demeure à Médine, n'a pas cru devoir répéterl'accomplissement du Haj; car il est demeuré neuf ans consécutifssans faire le pèlerinage (Mouslim). C'est pour bien marquer le caractèreessentiellement obligatoire de ce pilier de l'islam, une seule fois dansla vie, en tenant compte des possibilités de chacun, mêmepour cette fois unique.

Lhumanisme équilibré et créatif

La Kaâba, lieu sacré et point de convergence de tout lemonde musulman, ne doit pas être prise comme «refuge et asilepour les rebelles, les assassins, et quiconque aura perpétréun délit ou un crime» (Boukhari).

Tout être est né libre et originellement innocent; toutechose est foncièrement pure, jusqu'à démonstrationdu contraire. Le Musulman est ainsi autorisé à accomplirsa prière et ses oraisons, partout où il le peut: sur unchamp libre, dans une église ou synagogue, car une des spécificitémohammadiennes est de considérer la terre toute entière commeune mosquée. Boukhari souligne que le Prophète faisait parfoissa prière, faute d'autres lieux, dans une étable (ovine oubovine), considérée comme canoniquement pure.

Ainsi le Prophète n'a rien oublié pour optimaliser lecomportement du croyant qu'il incite même à écourterses actes dévotionnels, en tenant compte de l'état de ceuxqui sont faibles, malades ou vieillards. Boukhari qui cite cette tradition,précise que celui qui préside une prière ne peut guèrela rallonger si cela risque de porter préjudice à ceux quisont biologiquement démunis. Une fois seul, il est libre d'agircomme bon lui semble. Tout excès est mauvais; la juste mesure estle critère de l'efficience et de l'équilibre.

Autant de gestes ou de caractères socio- éthiques susceptiblesd'étaler l'assise comportementielle du croyant, en le rendant apteà affronter tout mobile de dépression et de défaitisme.Toute la tradition mohammadienne authentifiée milite pour un conceptualismeagissant et pratique, dans une société idéale oùle citoyen se sent bien armé pour confronter tout facteur dépressif.Lislam n'a rien négligé pour bien asseoir une telle mentalitéinitiatrice, et mieux personnaliser le fidèle apte à toutmaîtriser, grâce à un humanisme équilibréet créatif, emprunt d'amour et de douceur. - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - | - |