On peut se demander, alors, quel est le rôle desconfréries religieuses ?
Le grand leader arabe, l'Emir Chakîb Arsalâns'est posé, dans son ouvrage (Le Monde Musulman contemporain) cettequestion que tout un chacun se pose, d'une manière ou d'une autre.Il essaya d'y répondre objectivement, en analysant le rôlecatalyseur des Confréries Tijanies, qâdirites et Sanoussies,en Afrique, après avoir testé sur le terrain, l'apport bénéfiquede ces groupements soufis. Se référant à l'uvre deG. Bonnet Maury, (l'Islamisme et le Christianisme en Afrique), l'émiraffirme :
"l'Afrique aurait été entièrementislamisée, sans ce coup porté par la France à l'influencede la Confrérie Tijanie ; le fait est comparable à l'éland'islamisation de l'Europe, arrêté à Poitiers, parCharles Martel. "(1)
L'éminent érudit Mohammed Jabir, Cheikhde l'Université Al Azhar au Caire, souligne dans son commentairede l'ouvrage de Ghazali " el Mounqidh mina Ad-dalâl ", (éd.Beirout,p.p.52) que " sans la Tariqa Tijania, en Afrique du Nord, le colonialismefrançais aurait déchiqueté les dogmes de l'Islam dansces pays ; de même que les Ordres Idrissi à Tripoli et Khatmiaau Soudan ; la protection de ces confréries par les gouvernementsislamiques s'avère comme sauvegarde du credo de la masse musulmanemenacée par les intrigues du colonialisme et les missions chrétiennes".
L'adepte Tijani africain reçoit, certes, de sonmoqaddem, un chapelet, symbole d'une double lutte, contre, d'une part,les mauvais penchants de l'âme corrompue et, d'autre part, contrel'occupation de l'Afrique par la France et ses acolytes. Ces deux leit-motivfaisaient de l'initié un combattant en quête d'une saine etsereine liberté, qui lui permet de mener un train de vie idéalsur le double plan spirituel et somato-psychique.
" Le culte des saints ", notion chrétienne introduitepar certains orientalistes occidentaux, est une fausse appellation, carle vrai Saint ,quel que soit le degré qu'il puisse atteindre, dansla voie hiérarchique, demeure le serviteur d'Allah.
Le Coran a défini les limites d'accès àDieu, consistant exclusivement à L'adorer Seul, à évitertoute médiation comportant un signe divin de prééminence.La condition sine qua non de toute médiation légitime, estla conviction que le médiateur n'est qu'un serviteur d'Allah, ayantun grade initiatique supérieur. " Je suis près de Mon serviteur proclame notre Seigneur dans le Coran - , il doit s'aligner àMes commandements, pour être agréé , " O vous qui avezcru ! Craignez pieusement Dieu, recherchez tout moyen qui vous donne accèsà Lui " (Sourate 5, verset 35).
Ce moyen réside, notamment, dans la piétéet la pureté, mais, d'après maints hadiths, Dieu permet àcertains de Ses Elus, d'intercéder pour leurs tribus ou leurs proches; mais, cette intercession ne doit nullement aboutir à un quelconque" culte des saints " qui en sont investis. Ils demeurent serviteurs
d'Allah, comme le reste des Croyants. Les adeptes d'uneconfrérie risquent de sombrer dans un culte mécréant, s'ils voient, dans leurs maîtres et initiateurs, autre chose quede simples serviteurs élus par leur Seigneur. Le Cheikh Sidi AhmedTijani exige de son adepte, de ne voir en lui qu'un guide et servile orientateur.Il taxe de mécréance tous ceux qui viennent se prosternerdevant son tombeau où y immolent , en sacrifice, des ovins ou bovins, acte considéré comme un des " manasiks ", actes cultuelsaffairant au Hajj (Pèlerinage).
Le Saint ne peut jamais être dispensé desprescriptions coraniques, s'il atteint un certain stade de transcendancesublime ; les Prophètes et Messagers de Dieu, eux-mêmes, n'ontpu que transcender dans l'approche vassale d'Allah, dans leur ascensionvers la Présence divine. Quand bien même l'intellect de l'éluen arrive à refléter, comme un miroir transparent, les Lumièresdu Divin, il doit continuer à se soumettre aux obligations religieuses: Sidna Mohammed, Sceau des Prophètes, a donné , en l'occurrence,le meilleur exemple de vassalité à Dieu. L'observance desprescriptions positives de la loi divine, la pratique des actes cultuels,faciliteront au croyant accompli, la mise en relation avec le Corps duCiel, la captation de l'influx des sphères célestes et l'intensificationde la sympathie qui relie le microcosme au macrocosme. C'est làle secret de cette sublime accession, toujours de plus en plus transcendante, vers le Forum de la Présence, ascension qui actue les mondes,à travers l'impact cosmique des Noms divins , dont s'inspirent tousles Elus.
1)L'Islam dans l'Afrique occidentale par A. Le Châtelier(p.p.189)
Sidi Ahmed est né à Aïn Maadi, en l'an1150 de l'hégire. Maints poèmes furent composés, pourcommémorer cette naissance.Son père, Sidi Mhammed Ben elMokhtar Ben Ahmed Ben Mhammed Ben Salem , était d'une vaste érudition.Sa mère est la fille de Mohammed Ben Sanoussi. Les deux furent atteintsde la peste et moururent le même jour, en 1166 h ; les membres decette noble famille furent , pour la plupart, d'éminents polyvalents,notamment dans les sciences islamiques. Son neveu maternel Abdellah elMaadâwy , réputé par ses connaissances générales,principalement dans les sciences mathématiques, fut, comme les autres,un grand soufi.
Le jeune Ahmed, eut l'heur de vivre, toute la fleur deson âge, dans l'ambiance saharienne de ce groupe harmonieux, élevédans le cadre d'un pur sounnisme. Dès son premier " septain ", ilapprit tout le Coran par cur, les recueils didactiques, pour devenir,dès la fin de sa deuxième décennie, un grand Alem,juriste et homme de lettres ; les gens affluaient, de toutes parts, pourle consulter et profiter de sa double culture, à la fois exotériqueet esotérique.
Il se maria, du vivant de ses parents, avant d'atteindrela seizième année de sa vie fructueuse. Mais, explorateurdynamique, en quête des grands érudits de l'époque,il ne put garder sa première épouse, de crainte de la délaisserseule, lors de ses longues pérégrinationsIl épousa,alors, deux de ses servantes, qu'il avait auparavant affranchies, donnant,ainsi, le meilleur exemple du respect des hautes aspirations et des judicieusesattentes de
l'être humain, sur le plan éminemment sounnite,des droits de l'homme et de la femme (2 ). Une de ses servantes Mabroukalui donna un premier fils : Mohammed el Kébir et l'autre Mobâraka,le deuxième garçon Mohammed el Habib, deux éminentskhalifs dont la haute éducation eut pour assise l'attachement deleur vénéré père à la Charia et auxprincipes pérennes de la Sounna.
Il les maria, tous deux, dans la ferme observance destraditions authentiques où dots et dotations, étaient réduitesau strict minimum.
Ainsi, à peine âgé de seize ans, lejeune Tijani avait accédé au rang de mufti, non seulementsur le plan de la Charia, en tant que jurisconsulte, mais dans le forumplénier des sciences et arts islamiques où il excellait.Les cours qu'il donnait dans les mosquées, les controverses qu'ilanimait avec l'élite intellectuelle de ses contemporains, proéminentsdans leur spécialité, lui assurent une large suprématie,sur le plan exotérique. Son critère foncier, qui le distinguaitet le marquait, dans la fleur de son adolescence, fut son attachement indélébileà un sounnisme authentique, dans son conceptualisme serein et sonponctualisme souverain. Les chapitres élaborés, en l'occurrence,dans Jawâhir el Maâny ( Perles des Idées) en font foi.Là, ses analyses pertinentes sont d'une grande ouverture, freinéeexclusivement, par une observance stricte, mais bien mesurée desconcepts et préceptes d'un Islam universel. Le dogme authentiquede la Sounna, s'avère, alors, dans les composantes de ces analyses,bien documenté. C'est grâce à cette primautéexotérique pondérée, que l'esotérisme Tijanis'avère si authentique, dans son élan somato-spirituel oùla matière, chez l'être humain, n'est que l'élémentcomplémentaire de sa spiritualité .
Un éventail assez large des grands maîtressoufis de Sidi Ahmed se déployait dans les diverses régionsdu Royaume. Il ne manqua guère, mû par ses hautes aspirationsvers le sublime , d'entreprendre une pérégrination qui l'amenaà Wazzan où il eut l'heureuse occurrence de rencontrer, enpremier, "le grand pôle " Sidi Taïb Ben Mohammed Ben Sidi Abdellahech-Charif, chef vénéré de la ligne idrisside maghrébine; ce ne fut qu'une simple relation de bénédiction avec cepremier Cheikh ( décédé en l'an 1181 h ), car SidiAhmed se refusa, dans cette étape de son processus spirituel, unequelconque responsabilité non didactique ; il n'eut pas encore leloisir de se consacrer à une tierce orientation éducative,se contentant de s'assurer une perfectibilité adéquate, parune série de liaisons-tests. Le pôle Sidi Taïb avaitatteint un rang parfait, dans l'échelle des valeurs spirituelles; Notre jeune Cheikh, Sidi Ahmed en profita pleinement, car il s'agit d'unesérie de générations où quatre pôles,parmi les Chérifs, se reliaient, dans cette hiérarchie sioptimale. Sidi Taïb avait succédé à son frèreMoulay Thami (décédé en 1127h), digne disciple deson père Sidi Mohammed ( décédé en 1120 h )qui hérita de leur ancêtre, le grand Ghawt Moulay Abdellah( décédé en l'an 1089 h ). Celui-ci fonda la citéde Wazzan, ayant pour maître , un des grands pôles de la montagnetoute proche de Sarsar, Si Ahmed Ben Ali Es-Sarsary, un des piliers dela confrérie Tabba'iya Jazouliya, source des grands ordres mystiquesdu Royaume. A l'époque, le pôle Sidi Ahmed Sqally vivait àFès. Mais le Cheikh Tijani n'a pas eu l'occasion de le voir de près,évitant, parfois, tout contact, avec des cheikhs de cette envergure,car -fait remarquer l'auteur de la Boghia (p.p.157)- " La Providence divinea voulu qu'il n'eût pour seul maître que le seul maîtreuniversel et le sublime des créatures, le Prophète SidnaMohammed ".
Néanmoins, le Cheikh Tijani, n'a rien épargné,à la suite du couronnement de son processus hiérarchiquepar la Grande Ouverture, pour rendre un vibrant hommage à MoulayIdriss, éminent 'Arif (Connaisseur), qui honore, par ses hauts privilèges,la capitale idrisside.
Dans son parcours, à travers le Maroc, une nouvelleconjoncture se présenta, dans le but d'entrer en contact avec leGrand Wali Sidi Mohammed Ben el Hassan el Wanjaly (décédéen l'an 1185h, de Beni Wanjal, du Jabal ez-Zabîb), qui lui annonçason prochain accès au rang élevé du Grand Saint duRif, Abou el Hassan Chadhily , supposé inhumé à Alexandrie(3), dont les hauts préceptes et concepts avaient fait école,dans tout l'Orient musulman , dès le huitième sièclede l'hégire. Mais, cette fois encore, le Cheikh Tijani avait déclinél'offre qui lui était faite, de s'insérer dans la chaîneconfrérique wanjalie, ainsi que celle du célèbre SidiAbdellah Ma'n l'Andalou (décédé en 1188 h), maîtred'un ordre caractérisé par le " lien " de l'Ichrâq(flot de lumière extatique), sans wird spécifique :
Ce fut à Taza qu'il eut affaire à un GrandSaint "malâmity ", Sidi Ahmed et-Tawwâch ( décédéen 1204h) qui lui conseilla d'observer le trio leit-motiv de l'ouverture: la " khalwa ", l'isolement du Monde et le " dhikr " ; il déclinacette nouvelle offre, quoique réduite par le célèbrewali, en fin de compte, à la seule observance d'un certain dhikrbien spécifié. Le Cheikh Tijani repoussa poliment la proposition,aspirant inopinément à un don divin spontané sublime,sans effort, ni épreuve. Dans ses rebuts réitérés,le Cheikh semble être le réceptacle d'une forte inspiration,émanant d'en haut et confortée par l'espérance dontses maîtres avaient animé le tréfonds de son âme.Sidi Ahmed poursuivit ses tests, comme s'il s'attendait à de nouvellespromesses et à de meilleures révélations.
Il s'engagea, alors, successivement, dans les ordres Qadiri,Nassiri, Siddiqi (voie de Sidi Ahmed el Habib de Sijalmassa), essayantd'intégrer, cette fois, des confréries, s'inspirant des émanationset effluves des générations antérieures, les grandsmaîtres du " Barzakh ".
Suite à cette série d'épreuves quilui firent apparaître certaines spécificités marquanteset fins messages dont il était le destinataire, il s'empressa deretourner au Sahara, sur recommandation de son maître el-Wanjali, qui lui révéla que l'accomplissement de son " Fath " (Ouverture)ne se réalisera que près de la Zaouiya du grand " qotb "(pôle) de " Balad el Abied " au Sahara. Là, il poursuivitses prières , ses enseignements et ses sermons, durant un lustre,interrompus par des visites intermittentes à " Aïn Maâdi". Passé ce délai, il fit un saut à " Madinat el Jidâr)(Tlemcen) où il s'installa, s'ingéniant, outre ses officeset cultes, à enseigner le Hadith (tradition du Prophète)et le Tafsir (exégèse du Coran).
C'est dans cette cité souligne l'auteur de laBoghia - (p.p.161), que la Providence du Seigneur lui assura une parfaitedisposition à recueillir un flot d'ouvertures et de " successibilités" infinies, empreintes d'une extrapolation, sans pair, et d'une vive accélérationcentripète convergente.
Un aimant irrésistible d'attraction émanaitde sa personne, miraculeusement illuminée , exerçant uneintense séduction dans toute son ambiance. Maintes délégations,affluaient de toutes parts, en quête de sa bénédiction.Loin de s'en enorgueillir, il les esquivait poliment, ne se croyant guèreen mesure de transcender au rang de Cheikh. Une délicate retenueet une modeste pudeur, devaient motiver ces accès, non autoriséspar son maître unique, le Prophète Sidna Mohammed - que Dieule salue et le bénisse -. Le Cheikh Tijani, est, de plus en plusconscient, que tout engagement dans la direction des consciences, est fonctiond'une permission formelle, émanant d'Allah, par l'entremise d'unMessage Mohammadien.
Ainsi, dans ce stade de son processus, le Cheikh Tijani,se voit dans l'obligation de conforter ses ascensions, par le pèlerinageà la Mekke et la visite sacrée du Tombeau du Saint Prophète.Il quitta la cité de Tlemcen, en l'an 1186h . A Zwawa, en Algérie,il eut tout loisir de faire connaissance du Cheikh Mohammed Ben Abderrahmanel Azhary (décédé en 1208h), auprès duquel,il s'inséra dans l'ordre Khalwati, qui lui fut transmis par le MaîtreHafnaoui ; lors de son passage en Tunisie, il y partagea son séjour,durant toute une année, entre Tunis et Soussa, dispensant généreusementses enseignements dans les diverses branches des sciences islamiques, notamment,l'exégèse coranique, la Sounna, prenant modèle surla vie sublime de l'Envoyé d'Allah et sa conduite exemplaire. Nepouvant contacter personnellement le grand Pôle de la région,il se contenta d'une correspondance, par personne interposée AbdessamadRahwy, disciple du Qotb et un des quatre personnages ayant libre accèsauprès du Cheikh, les nuits du Vendredi et du Lundi. Le Qotb s'empressade rendre hommage à Sidi Ahmed , qu'il qualifia d'Aimé d'Allah.
Entre temps , le Cheikh Tijani s'ingéniait àdispenser les disciplines soufies, à travers les " Hikam ", ( Adagesde Sagesse) d'Ibn Ataâ Allah d'Alexandrie, amplement commentéspar les Soufis dont le fameux Zarrouq qui leur réserve vingt sept" sharh " (commentaires).
Le prince de Tunis, émerveillé par ses coursbénévoles, lui proposa un séjour prolongé,dans la capitale, pour faire profiter, de sa haute culture, l'auditoirede la Zaïtouna, première Université africaine, édifiéeun siècle avant la Qaraouyène de Fès (245h) et deuxsiècles avant celle d'Al Azhar du Caire (4ème siècle).Le prince tunisien ordonna, alors, un octroi généreux auCheikh, lui réservant demeure et subvention. Le Cheikh, dont la" Himma ", rejeta tout don autre que celui de la GénéreuseProvidence, s'empressa de s'esquiver, en quittant le pays, le lendemain,pour le Caire. Là, l'éminent Cheikh irakien Mahmoud el Kourdy,bien connu en Orient, par sa haute luminance, éclatante et pénétrante,s'attacha vivement à la personne de Sidi Ahmed dont il préditun futur florissant, dépassant de loin, toute prééminence,dans le rang des " Qotb ".Il ne s'attarda pas longtemps, en Egypte, actuépar une luminescente mouvance vers les Lieux Saints, se délectantd'avance des approches mohammadiennes. Son arrivée à la Mekkeeut lieu, juste après le mois de Ramadan de l'an 1187 de l'èrehégirienne .
Dans cette cité sainte, la haute maîtrisehiérarchique revenait au Grand Cheikh, l'Indien Ahmed Ben Abdellah,dont Sidi Ahmed n'a pu, encore une fois, recevoir la transcendante bénédictionet les subtils enseignements, que par correspondance, sans contact effectif.Le même phénomène de Tunis se répétaalors ; mais, cette fois, le Cheikh el Hindi, lui révélantavec précision la date de sa mort ( le vingt du Hijja de la mêmeannée), lui annonça qu'il sera son successeur, auquel iltransmit les pouvoirs spirituels. Sidi Ahmed refusa encore, avec tact etdoigté, tout conditionnement à cet accès, préférantse référer, exclusivement, à la grâce divine, à la libre aisance et à l'acte introspectif qui régira,dès lors, toute mouvance, dans l'actuation spirituelle du FuturOrdre Tijani. Désormais, l'assise foncière de la Tariqa seral'observance stricte de la Sounna, l'attachement indélébileà la tradition prophétique, sans excentricité corporelleou abus formels excessifs. La conscience doit agir par elle-même,sans effusion extérieure.
Le pèlerinage accompli, Sidi Ahmed, partit pourMédine, attiré par un sentiment nostalgique vers la sépulturesacrée du Sceau des Prophètes, intensément remuépar les reflets d'une effluente luminescence mohammadienne. Il ressentit,de cette approche, une secrète émanation et un effluve telune décharge alimentée par un potentiel, puissamment ancrédans son être intime.
Un nouvel accès, effectif, l'amena vers le QotbEs-Sammân, Ghawt éminent émerveillé par l'émergencevisionnée d'un cachet distinctif, sans khalwa, qui démarqua,déjà, en lui la spécificité de certains contoursintimes. Es-Sammân, disciple du Cheikh Mustapha el Besri es-Siddiqi,n'a pu retenir son vif enthousiasme, exalté par une inspirationdivine qui secoua son âme admirative. Ce contact, le dernier queSidi Ahmed a pu réaliser, dans son parcours explorateur, le ramenaau Caire où son maître el Kourdy, lui révélales secrets de l'Ordre Khalwaty dont il finit par accepter la mission didactique,devant l'insistance de son maître initiateur. La condition que leCheikh Tijani ne cessait d'exiger, est la temporéité de toutengagement, l'érigeant au rang de Cheikh, chargé d'un leadershipspirituel, sans l'ultime permission, en l'occurrence, du Maître Suprême,Sidna Mohammed. Il semble que cette sublime autorisation , le Cheikh afini, par l'avoir, lors de son séjour à Médine, réitéréepar El Kourdy au Caire.
Son retour à Tlemcen en 1188h, couronna , donc,tout un processus miraculeux de manifestations théophaniques. C'estlà où il a pu rencontrer son premier disciple, Si MohammedBen Mohammed El Mechry de Tekret (région de Constantine), auquelil confia , avec l'ordre khalwati, certains des secrets introspectifs etdes " dhikr " dont il fut éminemment pourvus. Une subtile intimitéle lia, désormais, avec ce grand élu, mis sciemment par laProvidence sur son chemin , jusqu'à l'an 1224h (date de son décès). C'est un personnage d'une culture proéminemment sounnite et esotérique,auteur de maints ouvrages sur la charia et le soufisme. Unique compagnon,il présida , dès la première heure, les cinq prièresobligatoires du Cheikh, jusqu'à l'an 1208h où le Cheikh assuralui-même, son auto-présidence, sur ordre spécifiquemohammadien.
Après un long séjour à Tlemcen, ilreprit, en 1191h, le chemin à Fès, aspirant ardemment, àun recueillement intime auprès de l'illustre Qotb Moulay Idrissà Fès. Il rencontra, alors, à Oujda, son deuxièmedisciple Sidi Ali Harazem, futur auteur de Jawahir el Maâny (Perlesdes Idées). Cet ouvrage, élaboré sur ordre du Cheikh,est devenu le compendium de la Tariqa et de la Haqiqa, dicté, danssa majeure partie, par le promoteur de la Tijania. Ce Thesaurus est lefruit d'une haute acculturation, résultant d'une osmose interférentielleoù les éléments d'un double flux s'interpénètrentintimement. Le Cheikh rappela à son nouveau khalif un songe prémonitoireque celui-ci avait entrevu, mais oublié, à propos de ce compagnonage.Sidi Harazem s'en est souvenu et en fut, d'autant plus assuré ducaractère sacré de ce lien que lui réservent les desseinsimpénétrables de la Providence. Un sentiment de félicitéineffable et de bonheur indicible, envahit tout le tréfonds de sonêtre, conscient de la Prééminence transcendantale duCheikh Tijani ; car les contours imaginés et conçus en rêve,s'esquissent, de plus en plus clairs, en fresques palpitantes, dans sasubconscience. C'est bien le Maître auquel il aspirait .
En rentrant à Fès, le Cheikh octroya àson nouveau disciple qui l'accompagnait, les dhikrs discrets de la Khalwatiya,dans ses interférences sublimement secrètes . Il retournaà Tlemcen, en passage temporaire, car le Cheikh lui conseilla, depérégriner, ailleurs, vers les Lieux Saints " Attachez-vousfermement à l'engagement convenu, avec amour, la grande ouverturesurviendra inopinément " , lui prédit le Cheikh qui allas'installer, lui aussi, dans cette cité qu'il quitta, bientôt,en l'an 1196h, pour Chellala et Abou Samghoûn, deux ksours du SaharaOriental, où il s'était déjà , longtemps, recueilli.Il demeura, tout un lustre à Chellala, pour reprendre le Chemind'Abou Samghoûn, en l'an 1199h, où il résida, quelquetemps, avec sa famille. Il ne manqua guère, lors de son séjourdans ce bourg béni, de se déplacer à " Touât", pour contacter le grand 'Arif (connaisseur) Mohammed Ben el Foudaïlqu'il avait déjà rencontré auparavant. Le Cheikh avaitécrit, à maintes reprises, à cet éminent personnage,sollicitant certains secrets et dons esotériques dont Allah le gratifia.Il ne lui répondit guère, aspirant à un contact effectifavec notre Cheikh dont il prévoit l'inestimable destinée, au sein du forum des Elus d'Allah . Une bénédiction mutuellescella la réciprocité des deux pôles.
De ces ksours sahariens, le Cheikh fit un saut àTaza , en quête d'un grand ami, que le Seigneur lui destina, commedisciple compagnon, Sidi Mohammed Ben Larbi Damrâwy. Il l'aimaitparticulièrement, car le Prophète le lui avait recommandé,et il ne manquait pas de lui rendre , constamment, visite, quand il deviendrason médiateur, s'entremettant entre lui et le Messager d'Allah,que le Cheikh n'osait contacter par sublime retenue. Il s'est avéréque cette révérence pudique était le propre de certainscompagnons du Prophète, eux-mêmes, qui n'osaient, nullement,l'approcher, ignorant effectivement, jusqu'aux empreintes les plus apparentesde sa personnalité. Cet état de crainte déférenteet de politesse respectueuse est fonction du rang hiérarchique del'être bien aimé.
Mais, dans tout ce processus, le Cheikh Tijani ne manquaitpas de retourner à son village natal qui regorgeait d'éminents" alem " dont la vaste érudition attira l'attention du grand soufi,Abou Salem el 'Iyâchi, dans sa " Rihla " où il fit l'élogede la prééminence de l'érudition polyvalente des Ulémasde Aïn Maâdi .
(1) Aïn Maadi est un village édifiéau XIèmesiècle de l'ère chrétienne par MaadiBen Yacob, à proximité d'une source d'eau. Des Pois J. :Le Djebel Amour ( Algéria), 1956 (p79)Daumas, M.J.E., Le SaharaAlgérien, 1845 (p35)
(2) Sidi Ahmed ne cessa de s'approprier des " esclaves", des deux sexes, pour les libérer. Le nombre des affranchis atteignitun jour 25 personnes ; dans ce forum ménager, les " esclaves " menaientun train de vie chastement libéral et hautement fraternel. SidiAhmed ordonnait, constamment , à ses compagnons de ne guèredévier de ce concept idéalement mohammadien.
(3) Chadhily est décédé àla Mekke, selon certains hagiographes ; pour d'autres, il le fut au Désertde 'Aïdhâb (Haute Egypte); c'est la version plausible (Nafhet-Tib, Meqqari T.1 p.p.587), (Chadharât ed-Dhahab T.5 p.p. 278)et (Tabaqât ech-Chaarâni T.2 p.p.4)
Aïn Maâdi faisait, alors, partie d'une provincemarocaine. Il est curieux de constater que le Sultan du Maroc Moulay Abdellah,fils de Moulay Ismaïl (véritable fondateur de la Dynastie alaouite)avait dépêché, l'année même de la naissancedu Cheikh Tijani, une expédition, sous la direction du CaïdJilali Ben Mohammed Saffar, contre les faiseurs de troubles, qui, sousl'impulsion des Beys Turcs, cherchaient, déjà, à promouvoirune série d'incidents, tendant à détacher cette partiedu Maghreb, de la Souveraineté marocaine. La lutte continua, acharnée,à l'encontre des mercenaires sécessionnistes. Le Sultan SidiMohammed Ben Abdellah (décédé en l'an 1204h /1789ap.J.), envoya un nouveau commando contre des troupes turques qui attaquèrent,sous le commandement du Bey de Mescara, les provinces orientales du Royaumemarocain dont Mhaya, Benou Hachem, Sud d'Oran, Chellala, Aflou, AïnMaâdi et Laghwât, territoires faisant partie du Maroc, depuiscent cinquante ans (2). A la mort du Souverain alaouite Mohammed III, leCheikh Tijani, âgé de cinquante quatre ans, cherchait às'esquiver des zones troubles, pourchassé, par les autoritésturques. Pendant plus d'une décennie ( 1774-1784), il ne cessa defaire la navette, entre Tlemcen (où il demeura huit ans jusqu'à1774h ) et Fès (1781h), pour revenir à Abi Samghoûnet Chellala au Sahara, en 1784h. Le Maroc était , alors, dans laplénitude d'un mouvement salafi, animé par le Sultan, quisera poursuivi, en liaison avec le Cheikh Tijani, dès l'an 1789.
Or, le grand soufi, Moulay Larbi Derqawi, qui mourut unan après le Sultan Moulay Slimân ( 1239h / 1823 ap.J.), avait,alors, créé, un ordre confrérique, très connupar ses orientations qui ne plaisaient nullement au Souverain marocain; celui-ci s'érigea en champion de la Sounna et lutta, contre lesMawâsims, les hadra, les danses mystiques, les Samâa' (musiqueextatique), assises foncières des Darqawas et qui constituaient, selon le Sultan, des excentricités blâmables. La TariqaTijania, très stricte, dégagée de toute obédiencechadhilite, se déclara, dès ses débuts, d'empreintemohammadienne, rebutant tout débordement extatique, sans, pourtant,renier certains penchants humains , qui ne dévient , guère,du fondamentalisme bien conçu de l'Islam. De là, naquit untiraillement bien marqué entre les deux tendances.
(1) où se trouve la Zaouiya du Cheikh Sidi Abdelkader,connu sous le nom de Sid ech-Cheikh es-Siddiqi ( la Boghia p.p.120)
(2) le Capitaine Martin, dans son ouvrage ( Quatre sièclesde l'histoire du Maroc et du Sahara) (p.p.101)Mercier : Histoire de l'AfriqueSeptentrionale
Léon Godart dépeint aussi la Qaraouyènecomme " Dar el 'Ilm " , la plus complètement organisée, sousforme d'Université ". C'est pourquoi Ali Bey el Abbassi (alias D.Badia y Leblich) considère Fès "comme l'Athènes del'Afrique " qui " n'a rien à envier - enchaîne LévyProvençal aux autres métropoles musulmanes ", parce que" c'est là où s'élaborait ce que l'on a appeléla civilisation arabe, qui partait du Maroc, pour briller, d'un éclatdont les reflets commençaient à éclairer l'Europe". Ce fut donc une pépinière d'où émanaientdes sommités intellectuelles comme Léon l'Africain, néà Grenade. La femme musulmane y trouva son compte, car la célèbreEl 'Alia, fille du Cheikh Taïb Ben Kirân, y donnait des coursde logique dialectique et formelle ; ce qui incita Moulieras à s'exclamer,dans son ouvrage " Le Maroc Inconnu ", en l'an 1895 : " Unefemme arabe , professeur de logique ! Qu'en pensent nos géographeset nos sociologues qui ont répété , sur les tons lesplus lugubres , que le Maroc est plongé dans les ténèbresd'une barbarie sans nom, dans l'océan d'une ignorance incurable? Une intelligence marocaine plane dans les régions élevéesde la science ! "
C'est là où le Cheikh vint terminer sesjours, dans la Zaouiya-mère qu'il édifia à Fès,Recueilli dans la villa (Dar el Mrâya) que le Sultan Moulay Slimânmit à sa disposition. En sus de son activité cultuelle, deses cours dispensés à la Qaraouyène et dans la Mosquéedite " ed-Diwân ", sa vie intègre et sa grande érudition,émerveillèrent les Fassis et surtout le Souverain alaouite,qui s'érigea, alors, en défenseur du Sounnisme. Il trouva,en la personne du Cheikh Tijani, le symbole qui personnifie par son comportementet ses prêches, les concepts indélébiles de la Charia.
Au sein de son nouvel Ordre confrérique, nulletrace d'élans excentriques tels les " Mawâsim ", les " Hadra" et les " reqs " (danses extatiques), autant d'actes que Moulay Slimânstigmatise et flétrit dans une épître qu'il élabora, en l'occurrence. Cette attitude salafie commune mit l'un au diapasonde l'autre.
Un autre facteur, non moindre, rapprochait foncièrementles deux personnages, à savoir l'élan civique du Cheikh Tijani,en tant que citoyen marocain , issu de " Aïn Maâdi ", un descentres religieux du Sahara oriental. Son choix de Fès, capitalede l'Empire, auréolée par son édificateur, IdrissII, est très significatif.
La nouvelle Tariqa Tijania, ainsi dépouilléede toute fissure hérétique, finit par avoir un grand impact,qui incita le Sultan lui-même à s'y intégrer. De hautesresponsabilités, accoururent de toute l'Afrique, attiréespar l'éclat du célèbre réformateur dont l'avènementfut une réplique vivante au mouvement wahhabite naissant. Le Tunisien, Cheikh el Islam, Ibrahim Riyâhi et ses collègues (en-Niferet 'Achour), le Mauritanien Mohammed el Hâfidh et tant d'autres,eurent l'heur de participer à l'expansion de la confrérieen Afrique. Une liste (4) de plus de cinq cents érudits africainsfiguraient, parmi les premiers disciples du Cheikh.
(1) Se référer à mon ouvrage souspresse " Fès, Centre d'épanouissement de l'Afrique ", éditépar l'Association Fès-Saïs.
(2) Se référer à l'ouvrage de Delphyn" Fès, son Université ",(éd. 1889) et Godart, " Descriptionet Histoire du Maroc ", Paris, 1860, 2 vol.
(3) Gerbert d'Aurillac, devenu Pape, sous le nom de SylvestreII, en l'an 999 ap.J., y avait fait - dit-on - ses études, commele confirme J. Berque
(4) Cités, avec leur éminente biographie,par le grand traditionniste Mohammed el Hjouji de Demnât (décédéen l'an 1370h /1950 ap.J.) dans son ouvrage manuscrit " Feth el 'Allâm"
L'Administrateur turc de l'Algérie, Mohammed Bey,de plus en plus arrogant, s'attaqua à Aïn Maâdi qu'ils'ingéniait à détacher de l'Empire alaouite. Le combattantSidi Mohammed el Kébir se dirigea vers Abi Samghoûn, citéconfortée par les adeptes de l'ordre de son père ; de là, il rejoignit " El Wars " à " M'Ascar " ; il engagea , alors, contrel'envahisseur, une bataille acharnée, qui lui fut fatale, ainsique trois cents de ses compagnons. Sidi Mohammed el Habib étaiten pèlerinage, aux Lieux Saints. En passant par la Tunisie, le Beylui conseilla de prendre le chemin de Aïn Maâdi, via le Sahara,pour éviter le tyran turc qui l'attendait. Un autre administrateurturc, préfet d'Oran, avait déjà mis la main et incarcéréquelques quatre cents habitants de la région de l'Aghouât.Le célèbre combattant Abdelqader el Jazâiry , en luttecontre les Français, voulut, alors, faire de la citadelle de AïnMaâdi , un centre de ralliement de ses troupes. Ayant appris le gestelibérateur, animé par le célèbre combattantMouhiy ed-Dîn Abdelkader, Mohammed el Habib demeura à AbiSamghoûn , continuant à fournir à l'émir Abdelkaderarmes et subventions. L'émir Abdelkader , se posait à l'époquecomme représentant du Sultan Moulay Abderrahmân Ben Hichamqui succéda à Moulay Slimân . Le prêche du Vendredise faisait au nom du Souverain et Sidi Mohammed el Habib , en tant quecitoyen marocain, le soutenait dans sa guerre sainte, contre les Français.Il revint, alors, à son village natal, " Aïn Maâdi ",pour participer à la guerre contre les Français.
Mais, le 28 Rabi'I de l'année 1238h / 1822 ap.J., l'Emir Abdelkader , profitant du Martyre du fils cadet du Cheikh Tijaniassassiné par les Français, assiégea Aïn Maâdi,que défendit avec ardeur et abnégation le Chérif Tijaniet toute la population. Les deux parties s'entendirent, alors, pour unrecul de huit miles (1) (soit 12 kms et demi), en deçà dela petite forteresse. La famille Tijanie demeura, donc, comme elle l'étaitauparavant , souveraine dans son fief ancestral. La France resta étrangèreà cette convention , car ce qui lui importait , surtout , c'étaitl'occupation de la capitale avec la région d'Oran. Les Françaisreconnurent , à l'Emir (conformément aux traitésde 1834 et 1837) son autorité sur les deux tiers du pays . Là,il renia toute obédience à Moulay Abderrahmane, qui continua,pourtant, à le soutenir dans sa guerre sainte. Mais, Sidi Mohammedel Habib, se sentant lié par l'acte d'allégeance vis-à-vis" d'Amir el Mouminîn ", Sultan du Maroc et trahi par l'Emir Abdelkader,lui refusa toute aide. Une correspondance tenue dans les archives de AïnMaâdi , atteste ces faits (2).
D'ailleurs, une autre Zaouiya de la région , laconfrérie Khamlichia du Rif, qui le soutenait , dut interrompre, également, toute subvention (3).
Isolé et obsédé par ses remords,l'Emir Abdelkader reprit la lutte en 1839, grâce au soutien effectifdu Roi du Maroc ; mais, en 1843 , l'Emir Abdelkader, vaincu par le ducd'Aumale, se réfugia au Maroc. Le souverain fut défait, luiaussi, un an plus tard (1844), dans la bataille d'Isly. L'Emir finit parse rendre en 1847 ; interné à Amboise, jusqu'en 1852 , ilse retira, en 1855, à Damas où il décéda en1883.
Sur ces entrefaites, le Chérif Sidi Mohammed elHabib mourut en 1269h / 1852 ap.J.. Le fils de l'Emir Sidi Mohammed BenAbdelkader lui rendit, un vibrant hommage, pour le comportement fraterneldont il fit preuve, à l'égard de l'Emir, son père,continuant à défier les envahisseurs français.
Sidi Mohammed el Habib laissa deux enfants : Ahmed Ammaret Mohammed el Bachir, que l'occupant français ne cessa de provoquer,les refoulant, tous les deux, loin de l'Algérie, en France. Auparavant,Sidi Ahmed Ammar, à l'âge de moins de seize ans , étaittenu , toute une année, en résidence forcée àAlger. Il avait pris attache, en France, de la jeune Aurélie qu'ilépousa (4) ; on l'autorisa, ensuite, à revenir en Algérieoù il fut mis à l'écart de Aïn Maâdi ,avec un interdit formel de se déplacer en Algérie.
Des historiens contemporains dépeignirent les événementsqui survinrent entre la France et les deux Chérifs (5) ; l'étause serrait autour du jeune Tijani, car la France craignait une rébellionqui pourrait déboucher sur une révolution généralisée.
Une circulaire signée par le commandant françaisde l'arrondissement Laghwât, en date du 27 août 1889 , autorisaitSidi Ammâr à se rendre à Abi Samghoûn.
La France était, alors, menacée en Afriqueoccidentale où Omar el Fouty (né à Podor en 1212h/1797 ap.J.), s'intégra à la Tariqa Tijania, en 1249h / 1833ap.J. par l'intermédiaire du Moqaddem fassi Sidi Mohammed el GhaliBoutaleb, qu'il fréquenta aux Lieux Saints, durant trois ans.
Son premier geste, suite à cet engagement, futle renforcement de son sultanat, sur les nègres fétichisteset animistes, dont une bonne partie finit par adopter l'Islam ; il s'attaqua,ensuite, à l'occupant français Faidherbe ( 1854-1865). Lacolonisation française débuta au XVIIèmesiècle,par la fondation de Saint-Louis., base de l'expansion de la France, enAfrique occidentale.
La Tariqa se propagea, alors, au Niger, Mali et Sénégal,grâce à Si Omar el Fouti, doublement investi, en tant queMourid Tijani, par le Cheikh Mohammed el Ghâli Boutaleb, et, avantlui, son premier maître Abdelkarim du Fouta. Successeur d'un disciplefassi direct du Cheikh Si Ahmed Tijani, bien en vue et un de ses éminentskhalifes, le Cheikh Omar el Fouti devint le Khalife de la Tariqa en AfriqueNoire. Son livre " er-Rimah " (les lances), qualifié par Sidi LarbiBen Sayah de compendium de science, est un recueil d'enseignements exhaustifssur le Soufisme Sounni, dont il prêchait les concepts en AfriqueSubsaharienne. Sa chaîne de transmission couvrait même desmourids, au Nord de l'Afrique. J'eus personnellement, entre autres, l'heurd'avoir, dans mon propre " sanad ", le Cheikh Saïd en-Nour, petit-filsde Sidi Omar, qui m'accorda la Ijaza, écrite de la main de mon grandami, le Khalife général, Si Abdelaziz Sy (décédéen 1997).
J'ai eu le plaisir de m'associer, dans ce sanad, avecle Cheikh el Hadj Mâlik Sy et le Cheikh Ibrahim Niass, promoteursde l'Ordre Tijani, en Gambie, au Ghana, Nigeria et, bien loin, dans lesrégions de l'Extrême-Sud.
Deux petits fils du Cheikh Sidi Ahmed : Sidi Mohammedel Habib qui termina ses jours , en prêche et lutte, à Dakar; sidi Ben 'Amer, qui put, dans ses pérégrinations, àtravers le Continent, convertir à l'Islam des millions d'animistes.J'ai eu l'honneur d'avoir été en contact permanent avec lepremier qui me proposa de faire des conférences, en sa compagnie,dans les capitales d'Afrique. Quant à Si Ben 'Amer, auquel je meliais par une fervente amitié, il quitta Rabat, en 1953, pour rejoindreAlger où il intégra le FLN ( Front de Libération Nationale),comme membre actif de ce mouvement. La France le soumit, alors, duranttoute une décennie , à une dure résidence surveilléeà Alger.
Grâce à cette lignée de grands maîtresTijanis, une bonne partie de l'Afrique fut islamisée. Leur père,le Chérif Sidi Mahmoud, intercéda entre les Tribus rifaines,dont les tiraillements risquaient de se transformer en guerre civile. Ildemeura six mois dans le Rif et finit par réconcilier les frèresennemis. En Egypte, le grand Khalif Tijani, l'éminent Alem Mohammedel Hafidh (décédé en 1978) , fondateur de la grandeZaouiya tijanie du Caire, joua le même rôle, dans la réconciliationde l'Egypte et du Soudan, à propos du malentendu entre les deuxpays (El Yawâqit el Irfania, Idris el Iraqi (p118)).
(1) Un mile, mesure arabe et anglaise, à l'époque, équivalant à 1609m . (2) Tohfat ez-zâiyr ( p.p. 177 et 197) (3) le Cheikh de la Zaouiya rifaine en fit état à son Souverain (4) Se référer à l'annexe, publiée à la fin de cet ouvrage sur le scénario de cette alliance.(5) Abderrahman Ben Tâleb dans son ouvrage, Saïfet-Tijania (p.p.19) , Revue " Al Wahda el Islâmiya " (Unitéislamique) et l'historien Ej-Jilali Sary, dans son ouvrage " Tawrat " (Révolution1881-1882).
La Tariqa, c'est l'application de l'Ihsân, dansson contexte introspectif, où la conscience se reflète dansson propre miroir ; c'est le cur épuré de l'initiésur lequel se projette la luminescence divine ; " Craignez dit le Prophète la vision intuitive du croyant, qui perçoit par la Lumièred'Allah. " Les vertus spirituelles qui constituent le substrat de la Sounna,sont les moyens d'accès à cette luminance. C'est grâceà la concentration dans une sincère adoration, que le croyantaccompli, devient l'image de Dieu, le Vivant et le Pourvoyeur.
L'humilité, l'Ikhlâs (sincérité),la charité et l'altruisme sont l'assise foncière de touteinitiation où le Cheikh soufi n'est qu'un guide orientateur, quiexhorte le Mourid à imiter étroitement la tradition du Prophète.L'exemple sublime de l'Envoyé d'Allah demeure le critèreunique de l'attrait théophanique irrésistible , qui doitimmanquablement s'exercer, au sein du forum dépuré d'un ordreconfrérique, édifié sur autorisation formelle mohammadienne.
Le Beau et le Vrai sont les traits caractéristiquesdu Béhaviorisme Tijani, qui assure à l'adepte sincèreun retour inopiné à sa dignité originelle. La libertéindividuelle de l'initié est dépourvue, alors, de toute maîtrise,autre que celle d'Allah. Les droits de l'homme se dégagent, ainsi,péremptoirement, de tout impact esclavagiste où la vassalitéest l'exclusif du Haut Seigneur. Le Cheikh répétait souvent,comme condition sine qua non de toute adhérence à la Tariqa,la conviction que le Maître Initiatique n'est que l'esclave de laPrésence et que le Mourid ne doit, guère, avoir en vue unautre que l'Unique Pourvoyeur. Il doit éliminer, dans son subconscient,tout tiers, autre qu'Allah ; le Cheikh n'est qu'un serviteur intermédiaire,en esclave élu.
Un contact préalable du Cheikh Tijani avec d'éminentsérudits et maîtres Soufis, n'a pu que conforter, dans sa conscience, cette certitude de la dualité foncière de la Charia etde la Haqiqa (réalité spirituelle), où un équilibresomato-spirituel assure l'harmonie, dans toute son équation humaine.
La science elle-même, dans ses tests les plus modernisants,assure, depuis le Congrès tenu en 1966 à Tokyo (1), cettecomplémentarité, entre le spirituel et le matériel.C'est pourquoi, le Cheikh Tijani, a fondé sur cette double quintessence,tout conformisme adéquat, où le cultuel ne saurait éliminerle social. Dès sa première enfance, avant d'accéderà sa troisième décennie, le Cheikh se fixa un noblebut : celui de parfaire ses connaissances exotériques et esotériques,avant de s'atteler, judicieusement, à la propagation de la penséeislamique et de l'expansion pacifique de son dogme.
Cet attachement à la Charia donna ses fruits ;ce fut à Abou Samghoûn, en plein Sahara Oriental, oùle Cheikh se recueillit, en 1196 h / 1782 ap.J., qu'il vit le Prophète,à l'état de veille, lui enjoignant de se libérer detoutes les voies qu'il avait testées , auparavant, ayant, désormais,pour maître unique, l'Envoyé et le Serviteur d'Allah, SidnaMohammed (Bénédiction et salut sur lui). Le Messager d'Allahlui ordonna de demeurer non loin de la société, vaquant normalement,de par le monde, sans s'en départir, ni s'en retirer, lui promettant,à coup sûr, l'approche d'Allah, démunie de toute contrainte,gêne, ou culte excessif. Conforté par cette garantie prophétique,le Cheikh s'empressa de mettre en branle, son Nouvel Ordre, solennellementédifié par son unique initiateur, la plus haute sommité,dans la double voie de la Charia et de la Haqiqa.
Dans cet harmonieux contexte, le Cheikh Tijani évolua,avec aisance, sans bigotisme, " actué " exclusivement par les conceptscoraniques, d'une interférence socio-économique. De ce fait,l'adepte tijani ne sera qu'un simple, mais sincère croyant, ayantconstamment en vue, les principes authentiques de la Sounna.
Le Messager d'Allah a bien défini ce processusd'orientation qui symbolise et explique le geste de direction des consciences,chez les maîtres soufis, se référant, constamment,aux propos prophétiques. L'Envoyé d'Allah précisa, certes, dans un hadith rapporté par Boukhari, Mouslim et les quatreSonan : " Mon avènement - dit-il en tant que Messager d'Allah,doté de bonne orientation et de science, est telle une pluie bienfaisante,ayant arrosé une terre dont une partie féconde put absorberl'eau ; en faisant croître abondamment, herbe et verdure. La partiestérile retint l'eau et Allah en fit profiter les gens, en buvant,en abreuvant leurs animaux et arrosant leurs champs. Une troisièmepartie, plane et sablonneuse, ne retint guère l'eau et ne fit pousseraucune verdure . " Cette parabole nous donne , d'abord, l'image d'un boncroyant, bien conscient des normes de la Religion, qui en profite, en lesenseignant aux autres , une deuxième qui, connaissant profondémentcette science, en profite à l'avantage des autres ; et, enfin, cellequi, rebutant les enseignements reçus d'Allah, ne peut avoir aucunimpact bénéfique.
C'est là le substrat et le critère de toutesocialité agissante, dans le vrai soufisme mohammadien.
(1) Voir notre ouvrage " l'Islam dans ses sources ",édité cinq fois, au Maroc et en Arabie Saoudite.
C'est par une initiation appropriée que le feujaillit du briquet et le palmier dattier du noyau. L'âme réceptacledu bien et du mal, est façonnée par une acculturation moralisante; cette prédisposition au changement caractériel, chez l'homme,est une preuve de perfectibilité de sa nature. Ce concept n'estguère infirmé par l'exégèse herméneutiqueaberrante du versant coranique qui dit : " Pas de changement dans la créationde Dieu ", ou par l'interprétation superficielle du Hadith, affirmantqu'" Allah a imprimé une configuration définitive àquatre éléments primordiaux, dont la configuration matérielleet le caractère moral, chez l'homme. "
L'homme est doté d'un pouvoir inhérent àsa nature intrinsèque , qui lui permet de se purifier et de se corrompre,à la fois (Sourate du Chams (soleil), verset 8). D'où, lanécessité d'un éducateur et d'un guide de conscience,tel le Cheikh, par rapport au Mourid, c'est-à-dire le maîtrequi aide le disciple à formaliser ses virtualités en puissance.Cette éducation est axée, dans la voie tijanie, en premierlieu, sur un conformisme adéquat aux préceptes de la Charia: Simples actes cultuels accomplis dans l'aisance, en pleine confiance,dans la pure grâce divine, sans mortification, ni effort soutenudans l'ascèse. La confrérie tijanie est ainsi dégagéede tout engagement érémitique et isolement du Monde, tell'Islam dans sa phase initiale où le catalyseur mohammadien luminescentassure un cheminement plénier, dans la voie, sans autre impulsiond'exigences conjoncturelles.
Le Prophète était, alors, le seul maîtreet guide suprême de conscience. Pendant trois siècles, lesrécits traditionnels du Messager d'Allah , étaient toujoursvivaces et efficients, dans les curs des compagnons de leurs suivantset des derniers successeurs (atbaâ et-Tâbi'yne) ; mais, passésces trois générations, l'initié est propulsédans la masse confuse des traditions où l'apocryphe primait l'authentique.Le Cheikh Abdelkarim Ibn Hawaâzine dit " el Qochéïri", ne manqua pas de déceler, dans Sa " Rissâla " (épître),le processus de cette mutation.
Les comportements effectifs et affectifs, imbus d'empreintesprophétiques, ont, désormais, un impérieux besoin,d'être étayés par des liturgies, plus ou moins authentiques; d'où pluralisme de " Wirds " et " Wadhifas ", récitésdans un cadre confrérique, sous la conduite éclairéed'un maître, guide de conscience, qui soutient l'initié etle dépure de tous caprices, sautes d'humeur ou dépassementsexcessifs. Dans de tels cas, tout excès, non freiné par lemaître, se traduit par une excentricité hérétique,un déséquilibre psychique et des troubles somato-spirituels,fruits d'une méconnaissance de la charia. Le croyant pèche,alors, par défaut de documentation eso-exotérique. Un vraimaître soufi n'exige guère de son adepte autre chose qu'unestricte observance de la Loi d'Allah et de s'accommoder, selon ses possibilitésà la Sounna, sans cure de silence ou retraite érémitique; le Mourid ne doit guère forcer inhumainement son penchant versles loisirs, les agréments et les plaisirs légitimes. Ainsi,le Cheikh Tijani, ne manqua pas d'exiger de son mourid (1) d'évitertoute incartade impertinente, toute déviation dont l'aboutissementfatal est une auto-négligence et un laisser-aller capricieux incontrôlé.Là, le redressement d'un tort et le traitement d'une psychose nécessitentune actuation mortifiante immédiate, suivie de retraite spirituellelimitée et de cure diététique de concentration liturgique,pour dématérialiser les actes volitifs. Le Cheikh ne faitqu'initier et orienter ; toute transmutation demeure l'uvre exclusivede l'Omnipotent. Mais, l'adepte doit, toujours, se souvenir, dans ses élansvers le sublime, qu'une réelle luminescence, ne saurait jaillirque d'un cur dégagé de velléités mondaines.Gare donc aux perles de cultures. Les véritables perles évoluentdans les profondeurs.
(1) En réponse à une épîtreémanant d'un juriste de Zerhoun ( Cité près de Meknèsoù est inhumé Idriss I)
De là, vient le rappel, réitérédes Cheikhs soufis sounnites, à la stricte observance des commandementsde la Sounna. Leurs ouvrages sont incrustés de concepts et préceptes,définissant la nature et les dimensions de cette haute " politesse" spirituelle. Leur conscience, initialement dépurée, est" actuée ", pénétrée foncièrement, dusouci constant de s'aligner rigoureusement sur les normes de la charia,à tous les niveaux cultuels, comportementiels ou même temporels.En s'abstenant, en cas de doute, et en agissant avec circonspection, tactet doigté, les adeptes se sentent intimement contrôléspar Allah, dans toutes les conjonctures et les instances. Mais, là,l'initié, tout en se fiant à la décision intangiblede son Seigneur, à Son impératif actif, ne se défaitnullement de ses initiatives agissantes.
Ibn Messaoud rapporte que Dieu a, parmi Ses créatures,trois cents élus ; leurs curs sont à l'image du cur d'Adam,une quarantaine à l'image de celui de Moïse, sept de celuid'Abraham, cinq de celui de l'Ange Gabriel. Chacun de ses élus estcréé à l'image d'un Prophète. Il est empreintdu caractère et du comportement d'un messager ou apôtre etson cur porte le cachet d'un Ange.
Dans un autre hadith, quatre élus auront l'empreinted'Abraham, sept celle de Moïse, trois de Jesus et un de Mohammed.
D'après El Boukhari, " le Très-Haut déclarela guerre - dit le Prophète à tous ceux qui prennent pourennemis les saints (bien aimés) d'Allah ; Mon serviteur ne sauraitse rapprocher de Moi, mieux que par une uvre que J'aimerai le plus etqui consiste à accomplir les obligations que Je lui ai imposées.Il ne cesse de se rapprocher de Moi, par les actes surérogatoires,jusqu'à ce que Je l'aime ; Je deviens, alors, son ouie, avec lequelil entend, sa vue, avec laquelle il voit, sa main avec laquelle il combatet son pied avec lequel il marche ; Je lui accorde ce qu'il Me demandeet Je le protège s'il Me sollicite ". Une autre variante ajoute: " Quand Mon serviteur se rapproche de Moi d'une palme, Je Me rapprochede lui d'une coudée, quand il se rapproche de Moi d'une coudée,Je Me rapproche de lui d'une envergure (1) ; quand il vient à Moi,en marchant, Je viens à lui en trottant " (Boukhari).
(1) L'envergure est ici la distance entre les extrémitésdes deux mains déployées dans le sens de la largeur.
Tout paraît, alors, simple, mais non simpliste ;car la simplicité réelle est une marque de génie,tout en demeurant d'ordre humain. Sidi Larbi Ben Sayah, dans sa Boghia(p.p.188), analyse ses attributs caractériels définis parIbn 'Arabi, en développant certaines de leurs efficiences, dansla vie pratique du " Qotb ". Il ajoute d'autres spécificitésqui font du pôle, un saint, éventuellement dénuéde toute richesse matérielle ; néanmoins, conscient de saresponsabilité vis-à-vis de soi-même, il s'ingénieconstamment, à s'assurer une caution effective, pour la réalisationde ses besoins naturels, très réduits, certes, mais humainementpéremptoires. La " Boghia ", synthétise cet " humanisme "en précisant que le " qotb " est astreint à évitertout exhibitionnisme ostentatoire ; ses comportements naturels sont dégagésde tous prodiges qui peuvent survenir à des saints, tels le ploiementde la terre, l'ubiquité volontaire, les cures d'isolement ermitiques.
Les cours qu'il dispensait à Aïn Maâdi,Tlemcen, Tunis, Fès et ailleurs, sur l'exégèse coraniqueet les commentaires du Hadith, lui valurent une grande renommée,étayée par ses connaissances sur le Fiqh, el Ouçoul( Sources de la Loi islamique). Ses recherches, en l'occurrence, publiéesdans " Jawâhir el Maâny " et " " el Jâmy " d'Ibn el Mechri", avaient attiré l'attention des célèbres critiquesde l'Islam, de par leur profondeur, leur originalité judicieuse.Son " Ifâda " se démarque par les Sages Adages qu'il n'a cesséd'émettre, lors de ses pérégrinations.
Des dizaines d'ouvrages ont été élaborés,rendant hommage à cette uvre colossale (1) comportant :
- Epîtres et mémoires sur le Sounnisme desSoufis dont certains manuscrits originels sont catalogués dans lesgrandes bibliothèques du Maghreb (manuscrit de la BibliothèqueGénérale de Rabat N° 2425)
- Commentaire de la première moitié du RecueilJuridique de Cheikh Khalîl sur le code malékite ( manuscritde Aïn Maâdi)
- Exégèse d'une cinquantaine de versetscoraniques et commentaires de Hadiths (profonde analyse des notions spécifiquesauthentiques de l'Islam), (Bibliothèque Générale,manuscrit D1699)
- " Es-Salât el Ghaïbya " sur la Réalitémohammadienne " Al-Ifâda el Ahmadia ", compendium d'adages, dictéspar le Cheikh à son disciple Sidi Taïb Soufiani, classésalphabétiquement (2) Charh el Hamzia de l'Imam el Bosaïry (Recueillipar Sidi Ali Harazim ainsi que Jawâhir el Maâni (Perles d'Idées)(éd. Imprimerie Saâda, Caire 1347 h / 1928 ap.J.)
" Sermon collectif pour tous les musulmans " ( manuscritde la bibliothèque privée du doyen de la Qaraouyène,Jawâd Sqalli ( décédé en 1392h / 1972 ap.J.), publié in Revue " Tarîq el Haqq " (voie de la vérité)du Cheikh Mohammed el Hafidh, fondateur de la grande Zaouiya tijanie duCaire ( Revue numéros 10 et 11, 1965)
- Recueil de dhikrs (Bibliothèque GénéraleD 2106)
D'autres ouvrages furent faussement attribués auCheikh tels la rihla, le commentaire des Noms Divins, " Charh el Jarroumiya" (en grammaire), " el Kanz el madfoûn ", etc (3)
(1) Voir notre ouvrage en arabe sur la vie et les uvresdu Cheikh, dans la Grande Encyclopédie , élaboréesous le titre " la Pensée soufie maghrébine, entrel'Andalousie et le Machreq " Le grand Erudit Tunisien Mohammed Mni'y, devenuTijani, qualifie le Cheikh d'" Océan de science ", sans pair, connaissantpar cur, outre les Recueils de Sahih, les Sonan, les Compendiums du Fiqh(Kachf el Hijâb, Skirej p.p.529). Le doyen de la Qaraouyène,Abderrahmân Chenqity, dit " Cheikh el Jamaâ ", voit en lui,le " plus grand érudit du Monde islamique " (Boghia, p.p.266 )
(2) Publié dans Kachf el Hijâb d'Ahmed Skirej.Une nouvelle édition Commentée par le grand Alem Tijani égyptienMohammed el Hâfidh, promoteur de la Tariqa en Orient, décédéen 1978 ( Imprimerie el Khaïriya, au Caire )
(3) Jinâyat el Mountassib (Skirej T.2, p.p. 62 et84 ( 1350 h / 1931 ap.J.) / Raf 'en-Niqâb, Skirej, T.3 p.p.182)
Tout geste doit être bridé sous les rênesde la Sounna, avec une résignation, sans fatalisme, à laVolonté de Dieu. L'action du croyant est de rigueur, parce que leCoran nous incite à agir, notamment, selon les normes psycho-discursives,quelles que soient les inférences de l'acte accompli ou àaccomplir. Cela n'empêche nullement l'initié de ménagercertaines subtilités et susceptibilités impondérables.L'action devient, parfois, une inertie, comme un franc parler qui frisele vice. Mesurer et peser le pour et le contre est un signe d'équilibre.Zarrouq, censeur des Soufis, cite le cas du Messager Abraham qui, jetédans le brasier par Nemroud, se vit intercepté par l'Ange Gabrielqui lui demanda : " Abraham ! As-tu besoin de quelque chose ? " " Pas detoi, mais de Dieu ", lui répondit-il. " Invoque-le donc ! ", luiinsuffle l'Ange ; et Abraham de répliquer, dans un élan deconfiance infinie en Dieu : " la pleine conscience divine de monétat me dispense de toute invocation ! ". Mais, le fait n'impliqueguère une quelconque passivité ; le retour à Dieune se conçoit qu'après épuisement exhaustif, de toutesles motivations psychosomato-discursives.
Quand il s'avère impossible , pour l'initié,de recourir à des mobiles effectifs déterminants , il doit,alors, se résigner à l'actuation divine et se confier, parsincère invocation à la Providence, profitant de ces embarras,pour en appeler, avec insistance, en serviteur impuissant, à laClémence d'Allah. La foi efficiente est celle qui demeure foncièrementhumaine, sans duplicité, ni déguisement.
" Quand tu auras pris la décision d'agir - ditle Coran fie- toi à Dieu ". Donc, planifier, d'abord, et se fierà Dieu, ensuite. Dans cette occurrence, la transconscience est façonnée,dans ses coins et recoins les plus intimes, à telles enseignes,qu'elle ne peut que se conformer humainement aux normes conceptuelles del'Islam. Ce qu'il convient, certes, de noter, c'est que le croyant doitavoir, constamment en vue, la Volonté Omnipotente de Dieu, danstoutes ses actions, quitte à se référer au Décretd'Allah, pour actuer sa propre velléité ou volonté,au cas où l'objet des invocations serait d'une finalité inconnue,confuse ou douteuse. Là, la pure connaissance " hiérophanique" ne s'oppose guère au processus humain de causalisation. L'initié,tout en s'en remettant à Dieu, ne se défait, aucunement,de ses initiatives agissantes. La concentration de l'entymésis,c'est-à-dire de la pensée et de l'intention, résidedans l'orientation vers l'ego et la béatitude expectative des touchesdivines. Tout caprice de l'âme ou lubie, est, ainsi, éliminé.L'impression de l'irréel risque toujours, dans une telle conjoncture,de susciter une vive réaction du sens temporel ; néanmoins,il ne s'agit, là, que du côté spiritualité opposéau côté matière, dans l'équation humaine oùle subconscient corrobore le rationnel (1).
D'autre part, les devoirs et obligations, incombant auxcompagnons et frères dans la vie initiatique, constituent le compendiumde l'Ethique soufie.
" Quiconque manque à ses devoirs, en négligeantles droits de ses frères, risque affirme le Cheikh Tijani l'épreuvede faillir au respect dû aux Droits d'Allah ". Le promoteur de laTariqa a formulé, à maintes occasions, son souci d'élaborerun Traité, sur la manière raffinée de vivre et d'agir,chez l'initié, marquant, ainsi, le caractère péremptoirede cette politesse comportementielle, véritable catalyseur qui enclencheles élans les plus vifs de la conscience. Les hommes de la foi quelle que soit leur confession sont confrères. Il faut savoirchérir, dans l'amour de Dieu. L'auteur des " 'Awârif " rapporteque le Khalife Omar a dit : " Si un homme jeûne toute sa journée,prie Dieu tout le long de la nuit, accomplit ses aumônes canoniqueset se sacrifie dans les guerres saintes, sans chérir ou détester,pour l'amour de Dieu, ses actes ne lui profitent guère : N'est-cepas là le summum de la socialité ?
(1) Se référer à mon ouvrage " leRationnel du Sacré "
1) l'imploration du pardon d'Allah (Istighfâr)2) la bénédiction du Prophète (çalât) , de préférence la " Fatihi "3) la haïlala , récitation de la profession de foi ( La ilâha Illa Allah).Le Wird ne comportait au début, en l'an 1196h, queles deux premiers récits liturgiques, considérés commemobiles de purification. Ils ne furent suivis, du troisième quequatre ans, plus tard, en 1200h, car le Mourid ne devait en user qu'aprèsdépurement effectif et affectif, permettant un accès appropriéà une profession de foi, véritable engagement sacré.
Pour la " Wadhifa ", les trois litanies se terminent parune quatrième dite " Jawharat el kamâl " (perle de perfection),dictée au Cheikh, par le Prophète, à l'étatde veille. Cette Jawhara ne doit être récitée qu'enétat d'ablution ; sinon, elle est remplacée par vingt fois" la fatihi ". On peut se demander, pourquoi le Cheikh exige l'ablution,alors que le Messager d'Allah récitait le Coran même, sansablution. En vérité, il ne s'agit en l'occurrence, que d'unsimple engagement (nadhr), ordonné par le Coran, au cas d'un dhikrsurérogatoire, alors que la lecture du Coran constitue, pour le" moumin ", une obligation et un devoir sacrés dont on ne peut guèrese désister. Allah en allège, en conséquence, le conditionnementde cette lecture. D'ailleurs, l'adepte Tijani est astreint à réciterquotidiennement, un minimum de deux " hizb " (1/30 ème du Coran).
Le Khalife tunisien, cheikh el Islam, Ibrahim er-Riâhy,exige un maximum de trente " hizb ", (la moitié du Coran). Pourun analphabète qui ne sait ni lire ni écrire, il doit réciter,un certain nombre de fois , de courtes sourates, qu'il est aiséd'apprendre par cur, telles la Sourate el Ikhlàs (équivalantà 1/3 du Coran), la Sourate el Qadr (qui en vaut la moitié)ou la Fâtiha (Ouverture du Coran, dont la valeur est identique àl'ensemble du Coran). Le Cheikh Tijani affirme, dans une épître,citée par Omar el Fouty , dans ses Rimâh (T.2,p.p.89), qu'" une seule fois de cette " Fâtiha " équivaut à quatremille milliards de çalât el " Fâtihi " (considéréecomme une des litanies essentielles de la Tariqa). Au lieu de Hizb es-Saïfy,bien connu, le Cheikh propose un substitutif coranique : la Sourate elQadr.
D'autres dhikrs secondaires tels " el Mousabbaâtel 'Achr " (les Dix Septains) sont des propos liturgiques élaboréspar le Prophète lui-même.
" Le meilleur dhikr est " La Ilâha Illa Allah "dit le Prophète (Hadith de Nassaïy et Hakim). " Celui qui mebénit, une fois, Allah et Ses anges le bénissent dix fois" (Mousnad d'Ibn Hanbal).
C'est , en fait, conséquemment à cet attachementindélébile à la loi coranique que l'adepte Tijani,en tant que croyant sincère, espère un agrément sublimed'Allah.
Nous pouvons citer, enfin, une promesse, émisepar le Cheikh Tijani, comptant vivement sur les gracieuses faveurs octroyéesbénévolement par la Providence divine. " Les prièresobligatoires accomplies par l'adepte sincère, - pense-t-il dansune mosquée ou Zaouiya , où toutes les conditions sont remplies,sont censées être exaucées. Dans la Zaouiya Tijania,tout est ,en effet, gratuit : l'imâm (directeur de prière),le muezzin (qui fait l'appel à la prière), les lecteurs duCoran (el-Hazzâba) ; toute inhumation est interdite, selon les conceptsmalékites. Les habous n'ont aucune emprise sur les Zaouiyas, quivivent, entre autres, des cotisations volontaires des mourids. Ce sontlà, les saintes propriétés d'une mosquée dutemps du Prophète et de ses compagnons.
Des croyants, vivant au XX ème siècle, nesont guère d'un rang inférieur à leurs coreligionnairesdes siècles antérieurs ; d'autant plus qu'un autre hadith,non moins authentique, qualifie ceux-ci de " bien aimés ", se prévalantd'un grade spirituel, cinquante fois supérieur ; Il ne s'agit nullementd'une prééminence sur les compagnons du Prophète,dont la hiérarchie des valeurs est inégalable. Toute primespécifique n'est ainsi que la résultante du taux d'obédiencesounnite ; en premier lieu, l'amour du fidèle pour Allah, Ses Messagers,et Ses élus, est considéré par le Prophètecomme un mobile promoteur de toute transcendance. Pour une autre tradition,rapportée par Anas Ibn Mâlik (cité par Mouslim), l'Envoyéde Dieu, précise , en réponse à un autre compagnoncraignant une séparation, dans l'au-delà, de son cher etbien aimé Sidna Mohammed, voué à un rang supérieur,que " le fidèle rejoint, au Paradis, celui qu'il aime " . Anas etles autres compagnons, émerveillés par cette promesse mohammadiennen'en furent jamais aussi heureux.
Le Cheikh Tijani a émis quelques propos, qui semblentexcentriques, à prime abord, parce qu'ils n'ont pas étébien compris. Il est vrai, que parmi ces propos, s'intègrent maintesprétentions, plus ou moins hérétiques, crééesde toutes pièces. Le Cheikh les a rebutées d'avance, commele firent les Imâms Mâlik et Chafiy, en rejetant toute énonciationou affirmation, contraire à la Sounna.
Le Cheikh Tijani avait dit : " les nuits de l'annéesont, pour nous, similaires, à la Nuit de Destin (Qadar) ou de valeuret mérite (Qadr, selon la lecture coranique de Warsh) ; cette affirmationse justifie canoniquement par le fait que le croyant accompli ne doit guèremanquer de veiller en prière, toutes les nuits de sa vie d'initié.Le Cheikh Tijani exige, alors, de son adepte, de se conformer, àce mobile initial de valorisation, pour mériter cette primauté.
Un simple aspirant ou " faqîr " n'en est pas digne,faute de conformation foncière à la Sounna. Cette prérogativeest ainsi, propre à tout croyant sincère.
On peut citer un autre exemple, basé sur ce conformismeindélébile à la Charia. Le Cheikh Tijani a bien affirméque le Mourid, le vrai, digne de ce nom, doit se sentir en perpétuelattachement à Dieu, même lors de son sommeil, considérécomme un simple répit ou détente, permettant au croyant unrepos momentané, pour mieux reprendre, ses prières et litanies.Le Prophète a recommandé à tout moumin d'êtreconstamment en ablution, qualifié " d'arme pour le croyant ", d'oùles propos du Cheikh Tijani : " Allah accorde Ses bontés àl'initié, même dans son état de sommeil ".
Le compagnon Ali, gendre du Prophète disait : "Mon for intérieur est submergé de connaissance ; je ne trouvepersonne pouvant en supporter le fardeau. " Ce grand érudit, qualifiépar le Messager d'Allah, de gardien de la " Cité de la Science ",ne cessait de répéter : " Ne dites aux gens que ce qu'ilspeuvent comprendre ". Ainsi, Ali, dépositaire des secrets de lagrande gnose, se prévalait d'un savoir infini dont il ne trouvaguère un digne porteur. Abou Horéïra affirme avoir épuisé,dans la source des sciences mohammadiennes, deux sortes de connaissances; il n'est autorisé à en révéler qu'une seule,l'autre demeure un apanage inaccessible dont la divulgation expose le récalcitrantà la peine capitale. Hodhéïfa avait reçu du Prophètedes enseignements qu'il n'osa guère dévoiler ; le KhalifeOmar Ibn el Khattab tentait, parfois, vainement, de lui en soutirer quelquesuns.
Le grand Imâm Al-Jonéïd, promoteur d'unsoufisme sounnite, précisait bien que " nul ne pourra atteindrele grade sublime de la Réalité, c'est-à-dire la connaissancetranscendante infuse, sans être taxé d'hérésie,par un millier d'hommes véridiques " ; toute insufflation divinepeut susciter un état, soit de béatitude, soit d'aise etd'espoir, soit de crainte. Les Prophètes vénérés,Jean et Jésus, se sont rencontrés un jour, chacun se trouvantsous l'emprise d'une haute communion appropriée ; l'un, mûpar l'Attribut de la Domination " astucieuse " d'Allah qui écraseet annihile, l'autre " actué " par la généreuse Clémence; chacun se prévalait de l'Attribut qui l'animait ; deux attitudes,apparemment disparates, mais suscitées, chacune, par l'instant étatiqueou extatique, propre à l'un et à l'autre. C'est le cas deKhadir (dit Khidr) avec l'éminent Messager Moïse, semblant,d'après le Coran, moins initié que son interlocuteur, quin'a pas dépassé le grade de Saint élu. Pourtant, Moïsese vit octroyer par Allah, " durant les mille séances qu'il eut, de son vivant avec Lui ", des flots de cognition ineffables.
Il y a donc un " sens caché " (el bâtin),décelé, en exclusivité, comme le souligne le Coran(Sourate Al-Anfâl (les Dépouilles), verset 29) où Allahdit : " O vous qui avez cru ! si vous craignez pieusement Dieu, Ilvous donnera un pouvoir de discernement " .
Cette science esotérique infuse, insuffléedans le cur du croyant sincère, est une mise en contact avec unesorte d'introspection ou observation de la conscience par elle-même; véritable lumière, projetée sur un subconscientpurifié, à travers des flashs de luminescence divine. La" firaça " du " Moumin " (sorte de vision intuitive) a étédéfinie par le Prophète, comme" source intime de connaissance" (1)
La philosophie avicennienne est une philosophie néoplatonicienne,d'influence islamique où le donné coranique s'unit àcertaines influences héllénistiques, intégréespar l'Aristotélicien Ibn Roshd (Averroès), de sorte que lapensée d'Avicenne ne saurait se comprendre, sans l'Islam. " L'observancedes prescriptions positives de la loi religieuse pense Avicenne lapratique des actes cultuels, faciliteront, au croyant sincère, lamise en relation avec le Corps du Ciel, la captation du flux des sphèrescélestes et l'intensification de la sympathie qui relie le microcosmeau macrocosme ". C'est le secret du contexte cosmique des Noms divins,dans leur actuation du Monde. " Celui qui détenait quelque sciencedu Livre " (Sourate 27, verset 40) , apporta à Salomon, le trônede Balqîs, reine de Saba, en un clin d'il. Ce nom de Dieu que cesaint invoqua, alors, est un signe de la Science Infuse et de l'Omnipotencedivine, qu'Allah accorde à Ses élus.
L'Imam Chafiy, chef du grand rite juridique, consultait- dit-on - , le grand cheikh soufi Chaïbân er-Râ'y, parl'intermédiaire de son éminent disciple, Ahmed, l'imâmdu rite hanbalite et acquiesçait à ses réponses.
De même, ce dernier avec le mystique Abou Hamzael Baghdâdy.
Le Cheikh 'Izz ed-Dîn Ibn Abdessalâm, ditsultan des Ulémas, dénigrait à ses débuts lespropos des soufis ; il se ravisa, quand il contacta le grand mystique marocainAbou el Hassan Châdhily à Alexandrie (2) et dut reconnaîtrela prééminence de ceux-là, effectivement baséesur la double source coranique et traditionnelle.
Ghazali traversa la même étape, en revenant,à l'âge de quarante ans, à l'école soufie deses contemporains.
Deux tendances se firent, alors, jour, celle qui se prolongeajusqu'au XIIIème siècle de l'Hégire, émailléed'authentiques soufis marocains, pour la plupart, dont Ibn Machich et sondisciple Châdhily, le fassi Ahmed Badawy (de Tanta) et Abderrahimel Qina'iy de Cebta, maître éminent du mouvement soufi dansla Haute Egypte. Passée cette ère d'or, le soufisme commençaà dégénérer, perdant, de plus en plus, sesinterférences avec la Sounna, à l'exception de quelques mouvementsqui demeurent attachés à la Charia.
(1) Dans un hadith rapporté par Tabarâny,le Prophète dit : " Prenez garde au regard intuitif d'un hommecroyant ; car la pure luminescence de sa foi lui permet de tout appréhender,grâce à la Lumière d'Allah "
(2) Où il est censé être inhumé; dans la coupole qui lui est attribuée. Il mourut, pourtant, à'Aïdhab, en Haute Egypte.
Yafi'y, auteur du (Kifâyat Al Mo'taqid ) (Suffisancedu croyant) nous décrit le processus hiérarchique des Saints: les Noujabà, puis les Nouqabâ, Abdâl et Awtâd(piliers), tous axés sur un " Qotb " (pôle) qui n'est marquépar aucun signe spécifique. Il est choisi, parmi les Piliers, représentantune " normalité ", certes idéale, mais toute humaine oùle principe de causalité demeure l'assise fonctionnelle de toutesles actuations ; le relatif humain imprègne une conformation psychosomatiquequi ne doit pas être trop spiritualisée. La luminescence duMessager d'Allah, quoique modelée par un flash émanant destouches divines, est empreinte d'un humanisme évident. Le soufiest " actué " par une haute Inspiration divine ; " ses actes etétats mystiques dont ils émanent varient, selon cette Inspiration" (fait remarquer Ibn 'Ataâ Illah, dans ses " Hikam " ou Adages).Au sein de cet humanisme, toute insufflation divine peut susciter un étatde béatitude ou de crainte pieuse.
Il faut se garder de déconsidérer, àpartir de ces disparités apparentes, certains élus, poursurestimer d'autres. D'après el Morsy, un saint accède àla foi, par grâce divine et un autre ne peut se prévaloirde cette grâce que par ses exploits cultuels. Chez l'un souligneIbn 'Atâa Illah la luminescence jaillit de la conscience, sansdhikrs préalables et chez l'autre la luminité est un doninconditionnel d'Allah. Un soufi accompli ne saurait sous-estimer un collègueou même un mécréant, dont on ignore le sort qui luiest réservé. C'est là un critère de socialitéidéale, au sein de la communauté mohammadienne, oùles êtres humains sont sur un pied d'égalité, abstractionfaite de toute différenciation confessionnelle ou éthique.N'empêche qu'il y a dans le Soufisme, deux catégories d'initiés,à partir de la nature éducationnelle et comportementielle; une tendance ou école, se prévalant des faveurs gracieusesd'Allah, animée par le sentiment du " Chokr " (gratitude) et undeuxième, celle du " riadât-en-Nafs " ou une mortificationde l'âme et ascèse de la chair ; la première est appeléela voie chadhilite, l'autre la voie de Ghazali, s'isolant dans des actuationsformelles, méconnaissant le processus des états et stadesmystiques, des sciences infuses, des luminités et des éclipses,plus ou moins nuancés par l'humanisme de l'initié.
Ces derniers s'attachent, scrupuleusement, à uneobservance rituelle stricte, éprouvant une crainte atroce des écartsde conscience, égoïsme ou vaine gloire. Les premiers voient,dans tout acte, une émanation d'Allah qui les actue ; ils se sentent" agis " et dégagés de toute psychose, tout en partageant,avec les autres, la ferveur dans l'adoration , l'abstinence scrupuleuse,la pieuse continence et la pudeur intime, ne tenant guère compteni de vision intuitive, ni de miracles ou prodiges extranormaux. Ils s'isolent,introspectivement, dans la méditation, la contemplation de Dieu,sans s'en départir. Ils s'installent, esotériquement, dansleur sentiment de déférence vassale à Allah, vis-à-visdes autres, accaparés par leurs actes d'adoration, formellementcultuels. Ceux-ci ne dégustent, nullement, la saveur de l'impactde la Suzeraineté divine sur leur cur. Les autres sont, en conséquence,d'un degré supérieur et les disciples qu'ils initient, évoluentavec aisance et même élégance, dans les cycles d'unevirilité toute humaine. Ils excellent dans la science des mesureset dans l'équilibre de la pondération, s'astreignant rigoureusement,aux exigences de la confraternité. On les appelle, parfois, des" Malâmiti " tels Salmân el Fârissi, compagnon du Prophèteou Mhammed Ben Abi Nasr, disciple du Cheikh Tijani.
C'est l'apanage des vrais soufis, qui symbolisent le comportementdes compagnons du Prophète, ne se prévalant d'aucun privilègeou prérogative exclusive. Véritables modèles d'unhumanisme agissant , chacun s'absorbe dans son activité d'exigencehumaine : les artisans dans leurs métiers, les manuvres dans leurbesogne, les érudits dans leurs sermons et enseignements, alorsque certains, parmi eux, maîtrisent le Cosmos, de par les affinités" étatiques " dont ils s'imprègnent, sans exclusivitéprétentieuse. Le fameux soufi marocain Abou Sâlim El 'Iyâchirapporte dans sa " Rihla ", la classification établie par son maître'Ali el 'Ajimy el Hanafy, en quarante ordres confrériques, dontla plupart sont d'origine orientale ; trois seulement, étant marocaines(la Chadhiliya, la Zarrouqiya et la Jazouliya). La première Confrériedite Mohammadienne (attribuée à Sidna Mohammed) a, pour assise,une structuration canonique pure, basée sur la Sounna , avec , outrela haïlala, une litanie essentielle, la " çalat (invocationd'Allah et bénédiction du Prophète). Le cur de sesadeptes est rempli d'amour pour le Messager d'Allah dont l'exaltation marquesa transconscience illuminée par son image virtuelle , qui, àforce de concentration, s'idéalise, pour finir par se réaliser.
Le Messager d'Allah est le Maître direct de l'initié.Abou Sâlim, qui esquisse une épître émouvantesur ce thème, mettant en exergue les signes distinctifs de chaqueitinéraire, cite les grands maîtres soufis, qui optèrentpour cette voie mohammadienne, celle des Sahaba ou Compagnons du Prophète.Le Qotb es-Semmân, un des maîtres du Cheikh Tijani, élaboraune uvre palpitante sur la Tariqa Mohammedia, archétype sublimedans la voie de la transcendance. La Tijania en est un exemple vivant,sans liaison avec le Chadhilisme qu'elle respecte pourtant et vénère. (3)
(1) Le Tabi'y est un contemporain descompagnons du Prophète
(2) El Jâmi', Ben el Mechry, T.2 p.p.23 (Manuscrit)
(3) Voir la description des autres ordres confrériquesdans mon ouvrage " le Soufisme afro-maghrébin aux XIX et XXsiècles ", Ed. Cap Tours S.A., 1996 ( p.p.92)
Le nihilisme ne doit guère, être, l'aboutissementd'une attitude par trop négative. L'initié doit se contrôler,peser ses options, dominer ses élans prématurés. Toutpréjugé hâtif serait comme dirait Ibn 'Arabi uneprivation.
Il doit être animé et mû par un behaviorismeéminemment social qui rebute les caractères ignobles, blâmésou décommandés par la Charia, tels la gloriole ou la vainegloire, l'estime de soi, le complexe de supériorité, l'amourdes éloges et la fierté prétentieuse. Les vertus devantsublimer sa morale concrète comporte, notamment : la puretéde l'intention, la gratitude, l'endurance, l'ascèse, la craintepieuse d'Allah et le sentiment d'autosuffisance. Cette infrastructure estl'assise d'une pratique cultuelle adéquate, sans religiositéaberrante. Ainsi, l'initié, s'illumine le cur, par insufflationdivine des clartés de la foi, en s'alignant strictement sur l'éthiquesociale, telle qu'elle est esquissée dans le contexte conceptuelde la Sounna Mohammadienne. La socialité du comportement de l'initiéest, alors, le fruit d'une accommodation du croyant et de son adaptabilitéagissante à l'Ethique universelle : code sublime des Messagers d'Allah.Le soufisme est donc fonction d'un conformisme inconditionnel aux sourcesauthentiques de l'Islam.
Tout être humain demeure, vis-à-vis de sonsemblable, un objet d'amour de l'Etre. La gnose des vraies réalitéscosmiques, est la vision directe du Réel dans le contingent, del'Absolu dans le relatif, du Créateur dans Sa créature. " La potentialité de cette approche réside d'aprèsIbn 'Abbad dans le détachement de l'égoïsme ". Lagnose consiste, alors, - pense Al-Joneïd dans " une connaissanceparfaite d'Allah dans Sa grandeur et de son propre être dans sa faiblesseet son impuissance ". Autrement dit, le soufi doit prendre comme modèlesla Miséricorde, la Clémence et la Grâce de Dieu, pourasseoir et stimuler sa propre compassion aux misères des autres." Damné dit Abou el Hassan Chadhili celui qui ne s'y remet pasentièrement ". Mais, sur ce plan, comme sur tant d'autres, il nesied guère d'être trop exigeant ; Al-Joneïd et Sahrawardi,proclamaient, depuis des siècles, que dans ce processus, tout estrelatif.
Une rigueur n'est plus de mise dans les temps que nousvivons, absorbés que nous sommes par les vicissitudes de l'heure.Le Cheikh Tijani, recommande (Ifâda) à tout initiéde " s'aligner sur son temps, dans tout comportement " ; son khalife, legrand 'Alem " Al-Kansoussi " signale bien, il y a près de deux siècles, que l'adepte qui cherche à s'idéaliser outre-mesure, risquede s'ankyloser dans l'isolement et le dénuement. C'est la " politessecomportementielle ", dans ses fluctuations relativement agissantes, quisynthétise le processus transcendant de la Morale sociale. Seulun gnostique relativement et introspectivement policé, est digned'une perfectibilité éthique.
Le grand 'Arif, Abderrahmâne Ben Mohammed el Fassirappela au mourid, tenu à l'écart de ses frères, secontentant d'égrener son chapelet et de lire " sa planchette " coranique: " ce n'est point là, la voie sublime des initiés,qui doivent, au contraire, se contacter effectivement, dans un brassageferme et constant, car deux êtres qui se touchent se fécondentspirituellement ".
" Le croyant qui fréquente les hommes dit leProphète en s'armant de patience vis-à-vis de leurs méfaits,aura plus de mérite que celui qui les fuit, par répugnance" (Mouslim et Ibn Hanbal qui rapportèrent ce hadith, ajoutent unautre , précisant que " tout croyant est tel, vis-à-visde ses frères, un miroir où se reflètent leurs défauts".
Il y a des préceptes en Islam, à base sociale,dont le fond idéal n'est pas toujours, bien saisi. La transgressiondes principes prohibitifs en fausse le processus idéal. L'intérêt,entre autres, est le surplus ajouté au capital prêté,prohibé par tous les Livres Révélés. Il estfaussement soutenu, dans notre ère mondialisante, comme facteurpéremptoire, de toute promotion socio-économique. De grandesPuissances, comme l'Allemagne et les U.S.A., ont fondé, pourtant,l'essor grandissant de leur économie sur les banques d'affaires,où les éléments " pertes et profits ", constituentle promoteur compétitif essentiel. Le rebut de l'intérêtest ainsi, motivé chez tout citoyen, par des raisons d'éthiquesociale (1).
Le but essentiel est d'asseoir tout rapport socio-économique,entre les hommes, sur la nécessité d'une coopérationsaine, dépourvue de tout égoïsme et exploitation etoù l'altruisme doit dominer.
L'intérêt tend à créer uneclasse sociale nantie et inactive dont le capital grossit aux dépensdes moins favorisés ; l'effort déployé par tout unchacun est une marque de rectitude apte à promouvoir l'esprit d'entreprise,avec le double souci, de se rehausser, grâce à un dynamismeréellement créateur et d'une éthique psycho-somatique.
Toute une gamme de préceptes sounnites constituele code et le mobile orientateur de l'initié ; en voici quelquesspécimens : " Une veillée de surveillance d'un garde-côteprime sa prière dit le Prophète durant un millier d'années,au milieu de sa famille " (Boukhari et Mouslim) .
" Le chemin de Dieu comme le définit un autrehadith, rapporté par Nassaiy et Tabarâny - est la lutte engagéesciemment contre la subversion et la déstabilisation sociale, pourle rétablissement de la paix et la promotion économique detous les peuples, abstraction faite de conjonctures et conjectures d'ordreconfessionnel ou ethnique. "
Le musulman, dans son recueillement même, doit demeurerlui-même, un être humain, à l'instar des autres.
On interrogea, un jour, Aïcha, épouse du Prophète,sur ce que son mari faisait, en rentrant au foyer : " Il se comportait affirma-t-elle - comme tous les humains " (Boukhari).
" Allah a pardonné à une femme de murslégères, pour s'être empressée à apaiserla soif d'un chien haletant et essoufflé, qui risquait de mourir" (Boukhari).
Dans un contexte réellement islamique, régipar un soufisme sounnite, tous les concitoyens ont leur compte.
" Tenez bien compte affirme le Messager d'Allah del'état de la jeune fille, qui est dans la fleur de son âgeet qui aime se divertir " (Boukhari).
C'est que " toutes les créatures sont les protégéesd'Allah, qui aime tous ceux qui rendent service à Ses serviteurs."
Ainsi, les impératifs d'ordre communautaire, doiventcréer, entre citoyens, une cosolidarité sociale primant toutepratique dévotionnelle. La foi ne se cantonne guère dansl'acte cultuel. Elle touche, en premier lieu, les élans du curet le comportement des âmes. Tout mérite est fonction de l'efficiencesociale de l'acte accompli par le fidèle ; parfois, des obligations,comme la prière, passent au second plan, par rapport à despratiques d'ordre social : tels le désir de servir, d'aider et deprotéger les faibles, le souci de tact et de délicatesse,une prévenance de cur raffinée (2).
" Le blasphème d'une innocente, - souligne le Prophète est de nature à annihiler, à jamais, l'impact et l'efficacitéde tout acte dévotionnel " (Mouslim).
" Extirper à un ouvrier, une partie de son salaire,est considéré, comme un mobile irrévocable de chuteet de damnation " ( Hadith de Hajjat el Wadâa (dernier pèlerinaged'adieu effectué par le Prophète).
" Le pratiquant zélé qui pèchepar médisance à l'encontre d'autrui, s'expose à lamême malédiction ".
La parole courtoise ou le secours porté àun homme en détresse s'identifient à des actes de générosité.
En effet, " l'Islam précise le Prophètedans un hadith rapporté par le compagnon 'Amr Ibn Absa est laparole douce et la générosité efficiente ; l'Islamle meilleur, c'est la religion d'un homme qui ne nuit à aucun parses propos ou ses actes ; et l'Imân (la foi), c'est une bonne morale". Ces deux étapes fondamentales du musulman, sont étayéespar une troisième : l'Ihsân.
Cet ensemble, qui se couronne par un accès àla grande illumination du cur dépuré, stimule, àlui seul, toute action, en vue d'assurer le bien, c'est-à-dire toutce qui est bon, avantageux et profitable à l'homme, sans se soucierd'un fatalisme dégénéré, incitant àpenser qu'il est vain de chercher à modifier le cours des événementsfixés par le Destin ; ce Destin même est " exorable " parl'Action agissante et l'intention initiatrice.
" Qui a meilleure religion dit le Coran que celuiqui ne vise en exclusivité que Dieu, tout en étant un hommede bien et qui a suivi la religion d'Abraham, dans toute la puretéde son monothéisme ? " (Sourate 4, verset 125)
Ce Chemin de Dieu, commun à toutes les ReligionsRévélées, est le seul moyen de transcendance et d'approchesublime, vers Allah.
L'Islam a condamné la vie monacale parce qu'elleproscrit le mariage, ce qui est contraire à la nature humaine. Certainsdisent que les " Abdâl ", soufis d'un certain rang initiatique, nese marient guère, tel le grand Cheikh de Tanta, Ahmed Badaoui originairede Fès ; mais là, il ne s'agit nullement de monachisme, marquépar un retirement du monde, au service de Dieu, dans la solitude. On atrop critiqué le Saint Tantaoui fuyant le mariage, considérépourtant, comme un bouclier de chasteté. Mais, son geste ne futguère dicté par le désir de fuir le monde. Maintsbiographes ou hagiographes, comme le fameux Abdelhalim Mahmoud, éminentrecteur de l'Université Al Azhar, du Caire, a bien déceléle véritable mobile de cet acte, apparemment contraire àla socialité de l'Islam ; Badaoui fut, certes, un combattant chevronné( contre les Croisés en Palestine, au VII ème sièclede l'hégire). Il a évité toute nuptialité oùil risquait de délaisser son épouse, accomplissant un devoirsacré au dépens d'un autre , non moins sacré.
" Si ordonne encore le Prophète vous sentezle sommeil, durant votre prière, dormez, puis reprenez votre actecultuel, quand vous vous serez reposés " (Sonan).
" Pas de prière en présence du repas, niau moment où on ressent la nécessité de faire sesbesoins naturels (uriner ou déféquer) " (Mouslim et AbouDaoud)
Le Prophète ne manquait guère d'élégance,de chaste élégance, " il consultait le miroir, avant de seprésenter à ses compagnons, digne et en bon état "- souligne son épouse Aïcha -
Le Messager d'Allah ne se vengeait jamais (d'une offenseou humiliation), sauf en cas d'atteinte à la dignité de Dieu.(Boukhari et Mouslim)
" N'est guère moumin (croyant), celui dont le voisin(même mécréant) craint de sa part un quelconque méfait" (Boukhari). " Le moumin ne doit nuire en rien à son voisin " dit un autre hadith (Boukhari)
" Dieu aime le croyant qui exerce un métier "(Tirmidhy)
" Mieux vaut, pour un moumin, ramasser du bois etle vendre, pour s'assurer un gagne-pain, que mendier " (Sonan sauf AbouDaoud).
Si les signes du Jugement Dernier venaient à semanifester dit le Prophète d'après Boukhari -, au momentmême où vous vous apprêtez à mettre un planten terre, n'hésitez pas à le planter ".
" L'homme est né libre : comment dit le Khalifedu Prophète Omar Ibn el Khattab osez- vous le subjuguer ? "
" Le travail préféré est celui quiperdure, même minime " (Boukhari)
" N'accomplis que ce que tu peux supporter " (Boukhari)
" Sois véridique et optimiste " (Boukhari)
" Donne au salarié son dû, avant ledessèchement de sa sueur " (Sonan )
" Le meilleur des Jihad (guerres saintes) est unejustice proclamée en présence d'un tyran oppresseur " (Tabarânyet Abou Daoud).
" Le meilleur moyen de gagner sa vie est le travail manuelou le commerce pratiqué avec intégrité " (Boukhari); " le commerçant intègre rejoint les Prophètes etles Elus de Dieu " (Tabarâny)
" Nul n'est sanctifié par le lieu de sa demeure; ce sont les bonnes actions qui sanctifient l'homme (Imâm Malek,dans son Mouattâ).
" Le péché, est le fait qui créele remords, dans votre cur et que vous aimeriez cacher aux gens " (Mouattâ).
" Rebute ce qui t'incite au doute " (Tabarâny)
" Allah aime la douceur en toute chose " (Boukhari, Mouslimet Sonan).
" Un croyant, physiquement fort est plus valable et estmieux aimé de Dieu qu'un moumin de faible constitution " (Mouslim).
" L'Islam est aisé : il exclut toute étroitessed'esprit et tout rigorisme ".
" O musulmans, évitez d'être, comme vos prédécesseurs,les victimes d'un fanatisme exagéré et d'un bigotisme excessif" (Tabarâny).
" Evitez les conjectures, ce sont des péchés; une conjecture sans assurance, n'amène guère à uneconnaissance sûre ".
" Ne vous espionnez pas les uns les autres. ".
" Ne médites guère les uns des autres" (Sourate 49, verset 12)
" Pas de contrainte en religion. La voie de la raisonest, désormais, différenciée de l'errance " (Sourate2, Verset 250)
Tout est licite en Islam, car tout acte ou geste est considérécomme innocemment neutre , tant qu'il n'y a pas un texte législatifprohibitif ou restrictif. Toute prohibition est marquée par le soucidu législateur de diminuer, au sein de la communauté, toutecause de tension ou de malentendu, provoquée par un complexe d'injusticeet un sentiment de spoliation. Bien plus, toute uvre initialement légaleet licite, devrait être exclue, si elle risquait de dégénéreren mobile de tiraillement ou de discorde.
" Le mensonge qui réconcilie deux êtres séparésest souligne le Prophète- un acte méritoire ". Une bonneintention est de nature à légitimer un acte originellementillégal. La viabilité de l'Islam, son universalisme transcendant,procèdent, notamment, de sa souplesse et de sa simplicité,toute humaines (3).
L'Islam est ainsi, une religion de socialité etd'action. Ses actes cultuels, son comportement, sont marqués parun dynamisme créateur. L'exercice d'un acte social est le propred'un initié idéal, élevé et éduqué,dans la voie sounnite.
" Dis proclame le Coran - : agissez et Dieu verra votreaction " (Sourate 9, Verset 105)
L'Islam est une rel